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L’identité nationale selon le Pr Huntington

November 2nd, 2009 · Commenter (9 Commentaires)

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Samuel HuntingtonDans le cadre de la réflexion collective sur l’identité, nous rééditons un extrait de l’article d’Augustin Jandon, publié par le site Polémia sur la conception de l’identité par le Pr Hungtington.

L’article fait la synthèse d’un livre « Qui sommes-nous ? Identité nationale et choc des cultures” publié par l’auteur du “Choc des civilisations”.

L’identité selon le professeur Huntington

Le professeur Huntington consacre un chapitre à la définition de plusieurs concepts clés qui seront utilisés tout au long de son ouvrage. Nous utiliserons les termes retenus par la traduction en langue française.

Il définit tout d’abord l’identité, la saillance et la substance.

a) « L’IDENTITÉ est le sentiment de lui-même éprouvé par un individu ou un groupe. »

L’identité résulte de la conscience de soi, du sentiment de constituer une entité individuelle ou collective dont les caractéristiques particulières fondent la distinction entre un « moi » et un « toi », un « nous » et un « eux ».

L’identité concerne à la fois les individus et les groupes. Les identités sont dans leur grande majorité des constructions imaginaires. Chaque individu possède plusieurs identités de nature attributive, territoriale, économique, culturelle, politique, sociale ou nationale, et l’importance de l’une par rapport à l’autre varie dans le temps. Enfin, l’identité est souvent le produit de l’interaction entre le sujet et les autres, ce qui signifie que la manière dont les autres perçoivent un individu ou un groupe affecte la manière dont un individu ou un groupe se définit. Les identités dépendent des situations et la mondialisation récente peut avoir pour effet d’augmenter l’importance que les individus et les peuples attachent aux identités de portée plus vaste.

L’identité repose aussi sur un besoin d’estime de soi qui pousse les individus à penser que le groupe auquel ils appartiennent est meilleur que d’autres. De même que l’homme possède des instincts, notamment l’instinct de reproduction et celui d’agressivité, de même l’homme a besoin d’avoir des ennemis et des alliés. C’est une caractéristique de la psychologie et de la condition humaines.

b) La SAILLANCE est l’importance que l’individu ou le groupe accorde à une identité.

En effet, il a été remarqué qu’un individu ou un groupe pouvait posséder plusieurs identités d’inégale importance.

L’identité nationale est, du point de vue de la saillance, en concurrence avec d’autres identités :
– les identités alter-nationales, c’est-à-dire celles d’un autre pays : les immigrants aux Etats-Unis peuvent s’identifier aux pays dont ils sont originaires ;
– les identités infra-nationales, c’est-à-dire celles liées à la race, l’appartenance ethnique ou le sexe ;
– les identités transnationales, c’est-à-dire celles de certains membres des élites américaines dans les milieux d’affaires, des finances, des idées, des professions libérales et même de gouvernement qui ont le sentiment d’appartenir à une super-classe mondiale, faisant ainsi apparaître une fracture entre la majorité des Américains et ceux qui contrôlent le pouvoir, les richesses et le savoir.

La saillance de l’identité nationale peut varier avec l’importance des menaces extérieures.

c) La SUBSTANCE désigne ce que l’individu ou le groupe possède en propre ou en commun et qui le différencie des autres individus ou d’autres peuples.

La substance de l’identité nationale est constituée par des éléments objectifs. Quand nous disons : « Nous, les Américains », de qui parlons-nous ? D’un peuple, d’une race, d’une religion, d’une appartenance ethnique, de valeurs, d’une culture, de la richesse, de la politique ou d’autre chose encore ?

Dans les années 1990, la société américaine a été confrontée à de nombreuses questions qui ont suscité de vifs débats : l’immigration et l’assimilation, le multiculturalisme et la diversité, les rapports entre les races et la discrimination positive, la place de la religion dans la sphère publique, l’éducation bilingue, les programmes scolaires et universitaires, la prière à l’école et l’avortement, la signification de la citoyenneté et de la nationalité, l’ingérence étrangère dans les élections américaines, l’application extra-territoriale des lois américaines, le rôle politique croissant des diasporas à l’intérieur et à l’extérieur du pays. La question qui sous-tend tous ces problèmes est celle de l’identité nationale. Presque toutes les positions envisageables sur les sujets qui précèdent impliquent des présupposés précis à propos de cette identité.

Sur un plan pratique, la réponse à cette question est évidemment essentielle puisqu’elle va déterminer les intérêts nationaux et la politique « étrangère » correspondante.

d) Les SOURCES de l’identité

Huntington recense plusieurs sources d’identité :

– attributive, comme l’âge, l’ascendance, le sexe, la famille (issue des liens du sang), l’ethnie (en tant qu’extension de la famille) et la race ;
– culturelle, comme le clan, la tribu, l’ethnie (en tant qu’elle représente un mode de vie), la langue, la nationalité, la religion et la civilisation ;
– territoriale, comme le voisinage, le village, la ville, la province, l’Etat, la région, le pays, la zone géographique, le continent, l’hémisphère ;
– politique, comme la faction, la clique, le leader, le groupement d’intérêt, le mouvement, la cause, le parti, l’idéologie, l’Etat ;
– économique, comme le travail, l’occupation, la profession, le groupe de travail, l’employeur, l’entreprise, le secteur économique, le syndicat, la classe sociale ;
– sociale, comme les amis, le club, les équipes sportives, les collègues, le groupe de loisir, le statut social.

Un individu peut être lié à plusieurs sources d’identité, avec des liens plus ou moins étroits. Elles sont donc hiérarchisées et leur classement varie dans le temps. Huntington signale à ce sujet l’amour pour le petit troupeau qui constitue le principe originel des attachements publics et qui ne supplante pas l’amour pour l’ensemble de la communauté.

Pour Huntington, l’identité nationale comporte en règle générale un élément territorial, un ou plusieurs éléments attributifs (la race ou l’appartenance ethnique), culturels (la religion ou la langue) et politiques (l’Etat et l’idéologie), ainsi qu’occasionnellement des éléments économiques (l’agriculture) ou sociaux (milieux et réseaux). La nation, en tant que telle, n’est pas une source d’identité, même si elle a été à certaines époques la forme d’identité la plus répandue en Occident.

Il existe, en réalité, deux conceptions de l’identité nationale : ethnico-raciale d’une part, culturelle d’autre part. C’est une identité dérivée, qui tire sa force d’autres sources que la nation.

Les nations sont le produit de l’histoire européenne du XVe au XIXe siècle. C’est la guerre qui a donné naissance à l’Etat, c’est elle qui a créé les nations.

La thèse centrale du livre est la permanence du caractère fondamental de la culture anglo-protestante pour l’identité américaine.

La nation repose ainsi sur une association d’éléments de nature ethnique et d’éléments de nature culturelle. Les identités de nature ethnique sont relativement permanentes dans la mesure où l’héritage ethnique est une donnée irréductible. En revanche il est possible de changer de culture. Nombreux sont ceux qui changent de religion, apprennent de nouvelles langues, adoptent de nouvelles valeurs et de nouvelles croyances, s’adaptent à de nouveaux modes de vie. L’identité culturelle peut évoluer et changer ; l’identité ethnique-ancestrale ne le peut pas. La sailllance de ces différentes composantes culturelles évolue selon les époques, et cela est particulièrement vrai pour l’Amérique.

Pour lire l’article complet Polémia



Tags: Politique

9 responses so far ↓

  • 1 dirk // Nov 2, 2009 at 1:08

    Tout à fait d’accord sur l’intangibilité des identités ethniques ancestrales et de l’utilisation sans complexes de cette expression, impensable en France !
    Ce texte montre également la complexité d’une définition de l’identité (surtout aux USA) et la débilité déjà annoncée de la définition qu’en donnera ce misérable Besson !
    On entend déjà se succéder aux micros les cul-bénits des “droits de l’Homme”, héritiers de 1789, et porteurs du discours maçonnique sur l’ “identité métissée” et autres fariboles purement idéologiques !
    Citons quand même le fondateur de la Ve République à laquelle ils se réfèrent presque tous :
    “Nous sommes avant tout un peuple européen de race blanche. Sinon la France ne serait plus la France” (Ch.DE GAULLE 5 mars 1959)

  • 2 Capistran // Nov 2, 2009 at 1:44

    Ce Hutington n’est qu’un imbécile. Les Anglo-Saxons sont souvent catholiques et parfois athées. More ou Newman ou Hitchcock n’étaient-ils pas Anglo-Saxons ?

    Quant aux “droits de l’homme”, ils fondent les droits des nations sur leurs territoires.

    Quant aux attributs de relations (voisinage, amitié, inimitié) ils ne forment pas la substance, ils ne font pas partie de l’identité.

    La guerre affaiblit la nation et ne l’a jamais constituée.

    L’Etat existait bien avant le 15ème siècle, les nations aussi.

    Les nations existent indépendamment de l’Etat et il existe des Etats pluri-nationaux et des nations sans Etat. Etc.

    Lamentable “Nouvelle droite”…

  • 3 Nelly // Nov 2, 2009 at 3:02

    L’analyse du prof Huntington me semble un peu touffue..

  • 4 dirk // Nov 2, 2009 at 6:05

    Mais bon sang Capistran, vous faites une fixation sur la Nouvelle Droite ? Que vient-elle faire dans cette galère ? Aucun mouvement, AUCUN (ou alors, indiquez moi lequel) n’a autant travaillé sur l’identité européenne que cette école de pensée ! Informez-vous sérieusement !

  • 5 solweg // Nov 2, 2009 at 7:47

    Que le sentiment d’appartenance à une identité ne soit pas si facile à définir, certes.
    Par exemple :
    Je me sens d’autant plus femme quand je suis avec des hommes
    Je me sens d’autant plus blanche quand je suis avec des gens d’une autre race
    Je me sens d’autant plus chrétienne quand je suis avec des non-chrétiens
    Je me sens d’autant plus de civilisation gréco-latine quand je suis avec des Asiatiques
    Je me sens d’autant plus européenne quand je suis avec des Américains
    Je me sens d’autant plus Française quand je suis avec des Russes
    Je me sens d’autant plus jeune quand je suis avec des « vieux »
    Je me sens d’autant plus âgée quand je suis avec des « jeunes »
    Je me sens d’autant plus savante quand je suis avec des illettrés
    Je me sens d’autant plus ignare quand je suis avec des savants, etc…
    Il n’empêche :
    Mon identité est que je suis une femme blanche chrétienne, Française sur la terre d’Europe
    Mon uniforme est ma peau blanche et ma croix autour du cou.
    Mon sentiment est que le reste a moins d’importance

  • 6 Capistran // Nov 3, 2009 at 8:21

    @ Dirk : pardonnez-moi de heurter vos convictions. Je trouve que la “nouvelle droite” n’est que la résurgence de courants philosophiques XIXème siècle qui nous ont conduit à la catastrophe que nous vivons. Elle est intellectuellement dépassée : les droits universels de l’homme ne nient pas le droit à l’identité, ils la fondent. Le christianisme n’est pas l’ennemi de l’Europe, il en est constitutif. Les juifs ne sont pas les ennemis de l’Europe, ils en constituent un élément.

    Voici ce qu’écrivait Pie XI au sujet du fait que l’Europe vivait sur “le pied de guerre”.

    “vivre sur le pied de guerre, ce qui, outre l’épuisement du trésor public, amène l’affaiblissement physique de la race (…)”

    http://www.vatican.va/holy_father/pius_xi/encyclicals/documents/hf_p-xi_enc_19221223_ubi-arcano-dei-consilio_fr.html

    [Ce qui par parenthèses amène à se demander ce que veulent vraiment ceux qui appellent à la "guerre civile" ou souhaitent "une bonne guerre". Veulent-ils la libération de l'Europe ou sa fin finale ? Sont-ils des provocateurs ?]

    Cela dit, attachant le plus grand prix à l’amitié, ne voulant pas vous blesser, je m’attacherai à plus de diplomatie. C’est promis. Ce serait bien aimable si en échange, respectant la liberté religieuse qui est de droit, on s’abstenait de faire dans l’anticatholicisme, dans l’antichristianisme et dans l’antisémitisme.

  • 7 dirk // Nov 3, 2009 at 12:14

    @Capistran
    Merci pour le prix que vous attachez à l’amitié. J’y suis sensible. Mais je ne peux que réagir à votre analyse de la Nouvelle Droite, qui n’a malheureusement eu aucune influence -vu son rejet dans la marginalité par toute la classe bien pensante- sur la catastrophe que nous vivons ! Vous devez confondre ND et franc-maçonnerie je pense. Rien à voir. Son anti christianisme (dont j’admets qu’il puisse choquer les croyants) n’a rien à voir avec celui des FM !
    Le fond – l’essence – de la Nouvelle Droite (appelée ainsi par ses ennemis dans les années 70) c’est la défense et l’illustration de l’identité des peuples européens. C’est son “fonds de commerce” intellectuel. Le mouvement constitutif de cette ND est le GRECE, Groupement de Recherche et d’Etudes sur la Culture Européenne. Ses principales revues, ELEMENTS, Nouvelle Ecole, KRISIS, et les centaines d’ouvrages publiés depuis sa création, sont des références incontournables sur ces questions identitaires et touchent à tous les sujets, sans exception, traités souvent par les meilleurs spécialistes : ethnologie, histoire, sociologie, économie, anthropologie, religion…etc.
    La ND étudie, scrute au microscope et analyse l’Europe depuis ses origines les plus lointaines, avant même l’arrivée des indo-européens…et non uniquement de l’Europe depuis JC !! . Elle est au fait de l’actualité de la recherche qui se fait partout dans le monde sur ces questions.
    Je conteste toute définition identitaire exclusivement chrétienne de l’Europe, qui censurerait l’apport considérable des siècles antérieurs 100% européens.
    Sur un autre post, je tends même la main aux Européens chrétiens en les invitant à se séparer des oripeaux orientaux de leur conception du monde et à retrouver l’héritage traditionnel européen. En quoi cela pourrait-il les gêner ?
    Ceci dit, je ne suis pas payé par ce mouvement pour lui faire de la pub, et suis même en profond désaccord sur ses positions récentes, notamment par rapport à l’Islam, mais je tenais à leur rendre justice pour l’immense travail de déchiffrage et de défrichement de l’identité européenne à leur actif.

  • 8 Nelly // Nov 3, 2009 at 2:42

    Bravo Solweg!!

  • 9 phénix // Nov 8, 2009 at 12:41

    Un cours de sciences po pour rejetons de bobos , un peu en marge de la pensée unique mais sans plus …

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