Sur le site qu’il anime en Italie, le militant nationaliste Gabriele Adinolfi a récemment donné son analyse des récentes émeutes des banlieues. Il n’y voit qu’une manipulation médiatique et il prend bien soin de se tenir éloigné de tous les délires pseudo-identitaires et nationaux-sionistes qui servent de grille de lecture à une partie de l’extrême-droite européenne. On lira son texte (dont la version française est due à l’agence de traduction d’Altermedia Europe) avec la plus grande attention, car ce discours autre est sans doute le discours vrai.
Les violences ont débuté dans les banlieues françaises lorsque, le 24 octobre, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, le plus servile candidat américain à la présidence française, a proposé de donner le droit de vote aux immigrés.
Deux hypothèses explicatives sont envisageables. La première est que Sarkozy a été brillamment et immédiatement poignardé dans le dos par ses collègues gaullistes, lesquels l’ont laissé provoquer l’explosion de la bombe ethno-sociale. On aimerait bien pouvoir écrire que les auteurs de cette tentative d’assassinat politique y ont été poussés par un soupçon de souverainisme, ou pour barrer la route au « yes man » de New York, mais on est en droit de craindre qu’ils ont été uniquement motivés par de simples plans de carrière. Mais, puisque du fait des évènements la côte de popularité de Nicolas Sarkozy n’a cessé de grimper dans les sondages, il ne faut pas négliger une seconde hypothèse qui désigne comme véritables chefs d’orchestre des récents évènements, le ministre de l’Intérieur lui-même et le parti américain.
C’est de là qu’est venue en fait l’apparente vacance du pouvoir en France. Comprenons-nous bien : les banlieues sont incontrôlables, à moins d’un usage systématique de la violence d’Etat, et ça fait longtemps qu’elles le sont. La différence entre ce qui vient de se passer et ce qui se passe habituellement n’est pas structurelle mais tient à deux raisons très simples : 1 – la situation ne s’était pas sitôt enflammée que la tactique des autorités a immédiatement été non de contenir mais bien d’étendre le phénomène ; 2 – les médias, qui d’habitude sont particulièrement silencieux ce qui se passe dans les banlieues chaudes, ont au contraire accordé une large couverture au phénomène.
Et tout le monde sait bien que dans notre monde actuel, ce qui compte ce n’est pas la réalité telle qu’elle est mais telle qu’elle est transmise et reçue. En somme, si ceux qui sont en charge de la gestion des évènements n’avaient pas opéré les deux choix précédemment décrits, on n’aurait sans doute parlé de ces émeutes que dans la presse du Front national et dans les médias de la droite extrême.
Il faut donc prendre conscience que si ce sont ces deux facteurs qui ont conduit à la situation française, celle-ci ne fut pas le fruit du hasard mais au contraire d’un ordre reçu.
Certains s’imaginent, en se faisant des illusions, que le système français est en crise et que le « pays réel » ou la « majorité silencieuse », exaspéré, est sur le point de réagir. En réalité, comme en Italie en 1977 (quand les autonomes tiraient sur la police tous les samedis soirs), le phénomène de guérilla sociale, désormais devenu endémique en France, est parfaitement instrumentalisé.
Ceux qui s’attendent à on ne sait trop quelle réaction positive – sans vouloir épiloguer sur la valeur psychologique et idéologique d’une telle attente – vont avoir d’amères surprises. Les éventuelles réactions elles-mêmes font partie du jeu et elles seront canalisées dans les pires des culs-de-sac.
Je sais que beaucoup sont fébriles et s’attendent à ce que les contradictions éclatent en balayant le système. Ça me fait de la peine de leur ôter leurs illusions mais je pense qu’aujourd’hui c’est ce qu’il y a de plus important à faire. Ceux qui continuent d’interpréter la crise de l’Etat et la désagrégation de la société comme une marque de faiblesse du pouvoir n’ont rien compris à l’époque dans laquelle ils vivent. La faiblesse de l’Etat et l’implosion de la société sont des éléments de force du pouvoir réel. Ce qui survient en France n’affaiblit pas le pouvoir oligarchique, il le renforce.
Les minorités radicales doivent cesser de rêver à des « divines surprises » (qui d’ailleurs, même si elles survenaient, les trouveraient dans un état d’impréparation extrême) mais au contraire commencer à ne compter que sur elles-mêmes et à se consacrer au quotidien, en laissant tomber le syndrome du supporter et la prison du spectacle. Hic et nunc, il faut agir sans chimères.
Gabriele Adinolfi


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