Noël ne s’inscrit pas dans la culture du Golfe musulman mais, dans la ville cosmopolite de Dubaï, il est l’occasion d’une profusion de décorations, d’une frénésie acheteuse et de célébrations joyeuses.
Dans le gigantesque centre commercial Mall of the Emirates, les Émiratis, vêtus du traditionnel « toub » (robe) blanc et coiffés du keffiyeh à damiers rouges et blancs, se pressent pour se photographier devant les pingouins mécaniques en peluche qui évoluent, à patins, sur une piste de glace artificielle. Ils posent aussi près du sapin artificiel, brillant de mille feux, trônant au milieu du centre, dans lequel a été inauguré début décembre une station de ski en neige réelle.
« Noël est symbole de joie dans le monde. Nous avons, il est vrai, nos fêtes musulmanes, mais Noël est une occasion de plus pour que les
enfants s’amusent », déclare un père émirati en photographiant son fils, avec son appareil numérique dernier cri.
De l’autre côté de la galerie marchande, bondée, un adolescent européen pose près d’une statue du père Noël, devant les baies vitrées de la
piste de ski. « Je vis depuis deux ans à Dubaï avec ma famille. Dans les centres commerciaux et les restaurants d’ici, je me crois dans ma ville
natale de Liverpool (Grande-Bretagne) », dit Patrick, 16 ans, qui se réjouit de cette « atmosphère festive ». « Et maintenant, il y a de la neige et du ski. Que demander de plus ? » ajoute-t-il.
Dans un magasin de meubles, des dizaines de vendeurs philippins s’affairent à vendre sapins artificiels et boules multicolores. « Nous vendons essentiellement des meubles, mais depuis un mois, nos ventes portent surtout sur les décorations de Noël », affirme Renata, une vendeuse, qui note une « demande énorme malgré le prix relativement élevé des produits ».
Samar, une Libanaise qui vit aux Émirats depuis 25 ans, estime qu’« un sapin artificiel de taille moyenne, avec sa décoration, coûte au moins 1
000 dirhams (275 dollars), pouvant atteindre des milliers de dirhams ».
À la ville de Jumeirah, un complexe hôtelier avec galerie marchande édifié en bord de mer, une centaine d’enfants d’une école anglaise entonnent des chants de Noël. « À notre arrivée à Dubaï, il y a cinq ans, l’atmosphère festive de Noël nous manquait, mais au fil des années, les célébrations se sont multipliées. Nous sommes vraiment ravis », déclare Cathy, une résidente britannique. Avec trois amies, elle a formé une chorale qui égaye des soirées pendant les fêtes de fin d’année.
Les festivités publiques de la Nativité ne comportent aucun signe religieux, les crucifix ou les anges n’apparaissant que dans les églises de la ville. À l’église Sainte-Marie, les fidèles prient et chantent, et organisent des concours en tout genre.
Cependant, ces festivités ne font pas l’unanimité aux Émirats, où certains craignent l’invasion culturelle des expatriés, qui représentent 85 % des habitants, selon les dernières statistiques. Lors d’un programme de la radio locale, un citoyen émirati s’en est récemment indigné. « Nous sommes entourés de toutes ces décorations de Noël, qui n’ont aucun lien avec notre culture et notre histoire. Peut-être vont-ils (les Occidentaux) nous transformer en statues de cire et nous exposer dans des musées (…), à la manière dont les Australiens examinent aujourd’hui les premiers habitants du pays. »


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