La chronique politique de Pierre Le Vigan
Beaucoup d’observateurs l’ont remarqué – et Jean-Marie Le Pen a cru à tort pouvoir en faire un argument en sa faveur alors que cela relève d’une désacralisation peut-être irréversible du politique – : la dernière élection présidentielle a opposé deux aspirants à des postes de super premier ministre plutôt que deux aspirants à être chef d’État ou encore moins à « incarner la France ». Deux équipes, deux images s’opposaient plus que deux projets, malgré le discours « projet contre projet » revendiqué par l’un et l’autre. « Cette élection s’est jouée entre deux personnes beaucoup qu’entre deux projets » écrit Christophe Prochasson (Télérama, 9 mai 2007, p. 22). Bien évidemment, cela ne veut pas dire que rien ne distinguait leurs choix politiques – il est vrai qu’il y des nuances –, mais que cela relevait pas d’un choix « bloc contre bloc ». C’est ce sentiment partagé par beaucoup de Français que « gauche contre droite » (ou l’inverse) ne voulait plus dire grand-chose qui a amené aux 18 % recueilli par Bayrou au premier tour, un vote moins d’adhésion – contrairement aux espoirs de Bayrou – que de cassure d’une séparation artificielle entre deux camps. Ce sentiment a d’ailleurs été bien compris par Nicolas Sarkozy devenu président puisqu’il fait appel à des personnalités issues de la gauche lors de la constitution de son gouvernement ou de son équipe de proches, certaines de bonne tenue (Hubert Védrine) d’autres qui relèvent d’abord de constructions médiatiques ou d’orientations qui peuvent inquiéter.
Un deuxième aspect important est le fait que l’élection ressemble de plus en plus au sport. C’est Cécilia Sarkozy qui expliquait que son mari était préparé comme pour une compétition, et c’est l’usage de l’expression « les deux finalistes » par Nicolas Sarkozy.
Le troisième enseignement est la victoire d’une nouvelle droite (cf. Gérard Courtois, « La victoire d’une nouvelle droite », Le Monde, 9 Mai 2007). Elle est nouvelle sous deux angles. Elle revendique des valeurs – ce qui déjà est une position de droite » –, et ces valeurs sont elles-mêmes classées « à droite » : le travail, le mérite, l’effort, l’autorité. Et cette droite est nouvelle (sans rapport avec ce qui fut la « Nouvelle Droite » d’Alain de Benoist bien sûr) par son rapport décomplexé à l’argent dont témoigne l’attitude de Nicolas Sarkozy, ses relations avec les grands industriels, les personnages « people » du « show biz », etc. Une absence de complexe par rapport à l’argent qui fait de l’élection présidentielle un objet curieux, quelque chose à mi-chemin entre le plateau des Glières et le loto. Enfin cette nouvelle droite est nouvelle par ce qu’elle n’hésita pas, dans les derniers temps de la campagne, et sous l’influence d’Henri Guaino, à revendiquer un héritage de gauche, à re-idéologiser la campagne en prenant à la fois des idées à droite (le ministère de l’immigration et de l’identité nationale) et à gauche (les références à Jaurès, à Camus et à Guy Môquet, lycéen communiste fusillé pendant l’Occupation). Cela marque dans l’entourage de N. Sarkozy, moins technocratique que celui de Chirac, Villepin, Juppé hier ou de Mme Royal aujourd’hui, une perception intelligente de l’importance des symboles et des mythes. Et la stratégie de M. Sarkozy de remettre de l’idéologie – il dirait plutôt du sens – dans la campagne, notamment par la critique de mai 68, fut d’autant plus frappante, et sans doute efficace, que l’entourage de Mme Royal prenait visiblement les Français pour des imbéciles en pensant que le souci de l’identité nationale pouvait être satisfait en ayant chacun chez soi un drapeau.
Nous en sommes là. Une situation clarifiée : une vraie droite libérale, une gauche qui n’ose même plus se raconter d’histoire sur le socialisme. Le souci d’une Europe libre doit plus que jamais rester le nôtre.


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