Selon la Sécurité sociale, un tiers des Israéliens vivent sous le seuil de pauvreté. Pourtant, l’économie est sortie de la récession. En fait, le fossé s’accroît entre pauvres et nantis. Mais le social a été quasi absent de la campagne.
Malgré les efforts du Parti travailliste, les problèmes sociaux et économiques n’ont pas fait la une de la campagne électorale israélienne. Celle-ci est restée dominée par les questions de sécurité et les perspectives d’avenir avec les Palestiniens. Pourtant, selon les sondages, les difficultés matérielles sont la première préoccupation de la majorité des Israéliens. Et pour cause.
Sous le seuil de misère
Cela faisait longtemps, en effet, que le dénuement ne s’était tant étendu au sein de la société israélienne, accentuant le fossé entre pauvres et nantis. Selon la Sécurité sociale, un tiers des habitants du pays vivent aujourd’hui sous le seuil de misère (environ 310 euros par personne par mois). Donc, 15pc de plus qu’il y a dix ans. Nombre d’autres dépassent à peine ce seuil. Un enfant sur trois ne mange plus tous les jours à sa fin. Jusqu’il y a peu, les populations les plus faibles étaient les ultra-orthodoxes qui vivent en grande partie d’aide publique, car leurs chefs de famille se consacrent surtout à l’étude religieuse, et la minorité arabe qui est discriminée jusqu’à ce jour dans la répartition des budgets gouvernementaux et l’accès au marché de l’emploi. Ces dernières années s’y sont ajoutés de nouveaux immigrants, en particulier des familles éthiopiennes et de vieilles personnes des pays d’ex-URSS, ainsi que des Israéliens «de souche», en particulier des familles nombreuses, de petits salariés et pensionnés.
Réelle croissance du PIB
Pourtant, les économistes et financiers sont satisfaits. Pour eux, le marché israélien a retrouvé sa santé. En 2003, le grand argentier du Likoud, Benjamin Netanyahou, a lancé une politique de privatisation et libéralisation qui a sorti le pays de la récession dans laquelle l’avait plongé la seconde intifada depuis fin 2000. Fin 2005, le PIB a enregistré une croissance réelle de 4,6pc, tandis que l’activité dans le secteur commercial a fait un bond de 5,4pc. Le déficit budgétaire a été assaini à moins de 2pc. Le chômage est retombé de 11pc il y a trois ans à 8,7pc au début de cette année 2006. Et la bourse prospère. Avec l’accalmie de la violence régionale, le tourisme est également remonté en flèche. Aujourd’hui, à trois semaines de la Pâque juive, plus de places dans les vols pour Israël, les hôtels affichent complet. Mais toute cette relance économique s’est faite aux dépens de l’Etat social, M. Netanyahou ayant sabré dans les allocations familiales et autres subventions gouvernementales.Aussi, les soupes populaires et les associations de charité se sont multipliées à travers le pays. Jamais les citoyens n’ont été tant sollicités, par téléphone, par appels publics, pour remplir le frigo ou la garde-robe de familles dans le besoin, payer la greffe d’organe de l’un ou l’autre malade dans un état désespéré, offrir quelques jours de détente à des enfants cancéreux. Mais cette année, même cette solidarité-là est en voie de se tarir. En cette veille de Pâque, période de réjouissances familiales durant laquelle les Israéliens font un effort particulier pour aider leur prochain, les entrepôts des oeuvres de bienfaisance sont vides. Motif: la bourse des bienfaiteurs commence elle aussi à se vider.Certes, tous les partis en lice promettent de combattre la pauvreté. Mais les pauvres y croient de moins en moins. Beaucoup d’entre eux sont parmi les 30pc d’électeurs israéliens qui comptent bouder les urnes mardi.
Source : © La Libre Belgique 2006


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