Chronique hebdomadaire de Philippe Randa, écrivain (www.philipperanda.com) et éditeur (www.dualpha.com)
Dans les contes de fée, les joyeux lutins font trois petits tours et puis s’en vont et tout le monde le regrette. Lorsque les GI’S de l’oncle Sam foulent le sol d’un pays sur lequel leur B-52 ont déroulé de longs tapis de bombes et pataugent dans le sang de leurs ennemis, femmes, enfants et vieillards compris, le cri est unanime : US go home !
Des années que cela dure. Un siècle, bientôt !
La France et l’Angleterre n’ont dû leur victoire en 1914-1918 qu’aux brusques renforts venus d’outre-Atlantique. Un renfort de dupes dont ils ne finissent plus de s’acquitter de façon sonnante et trébuchante depuis lors.
En 1945, toujours grâce aux valeureux GI’S, la France obtint un strapontin à la table des vainqueurs, tandis que l’Angleterre confirmait son rôle de missi dominici des USA et que l’Union soviétique embastillait la moitié de l’Europe derrière un implacable rideau de fer. Leur ambitieux complice, lui, pu régner sur le reste du monde et imposer, lentement, difficilement, mais sûrement, son American way of life.
Il y eut certes un terrible coup d’arrêt au machiavélique déroulement de l’assujettissement des peuples à cette politique impérialiste. Leur échec au Vietnam resta longtemps une plaie douloureuse dont les Américains mirent plus de deux décennies à guérir. Puis, fort de l’écroulement du système soviétique, ils repartirent à la domination du Monde, plus arrogants et criminels qu’auparavant, au nom de Droits de l’Homme qu’ils ne cessent de bafouer largement autant que ceux – quasi-tous leurs anciens alliés – qu’ils dénoncent comme des dictateurs, s’arrogeant le titre de « gendarmes du Monde » comme d’autres, en leur temps, celui de « petit père des peuples » ou de « phare de l’Humanité ».
Mais tout empire n’a qu’un temps, l’Histoire l’a amplement démontré. Leur conquête du Monde – que l’Administration Bush a seulement accéléré – trouve en Irak les limites de sa prétention.
« Je sais qu’à Washington beaucoup spéculent sur une sorte de sortie honorable d’Irak. Ce genre de propos évoquant une sortie honorable n’a tout simplement pas la moindre réalité », déclarait Bush la semaine dernière. Cela a le goût de la méthode coué, la couleur de la méthode coué, la forme de la méthode coué car c’est la méthode coué.
Le rapport du Groupe d’études sur l’Irak (GEI) sonne le glas, lui, de tous les aveuglements de la Maison-Blanche. Nancy Pelosi, leader de la majorité démocrate à la Chambre, a prononcé une véritable sentence en déclarant « que la politique du Président a échoué et qu’elle devait changer. [...] Cette analyse est partagée par le peuple américain. »
Mais pour se sortir au plus vite de cette American way of catastrophe, les USA n’ont qu’une alternative : que l’Iran et la Syrie, deux des grandes puissances frontalières, interviennent pour « stabiliser » l’Irak, c’est-à-dire réussir là où ils ont échoué. L’humiliation serait alors à son comble ! Et les « dommages collatéraux » d’une telle solution, encore plus terribles pour l’Oncle Sam. Pour Guillaume Parmentier, directeur du centre français sur les États-Unis à l’Institut français des relations internationales, « le problème qui se pose, c’est qu’à ce stade, l’Iran comme la Syrie risquent de faire payer extrêmement cher un éventuel soutien. L’Iran, avec des demandes difficiles acceptées par le reste du monde en ce qui concerne son armement nucléaire. Et la Syrie, avec une levée de l’interdiction qui lui est faite d’interférer dans les affaires intérieures libanaises. »
L’enfer de monsieur Bush est décidément pavé de mauvaises intentions.


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