L’épave d’un navire est pour lui plus sacrée que la tombe du Sauveur.
Pour tourner son Titanic, le réalisateur américain James Cameron s’était longuement assuré à grand bruit qu’il ne dérangerait pas la carcasse du paquebot. C’était quand même une tombe collective, il fallait de la piété, vous comprenez bien. Mais, la semaine dernière, il a également fait grand bruit en rapportant à New York et en exhibant au cours d’une conférence de presse deux urnes de pierre qui auraient soi-disant contenu les restes de Jésus-Christ et de ses proches.
Le documentaire de James Cameron, La Tombe perdue de Jésus, qui sera présenté ce dimanche par la chaîne de télévision Discovery, amplifie cette nouvelle par des déclarations tout aussi fracassantes. Il affirme qu’à Talpiot, non loin de Jérusalem, il existe un caveau dans lequel auraient été découverts les ossuaires de toute la Sainte famille au grand complet. Plus précisément : Joseph, le père, la Vierge Marie, le Christ lui-même, sa “femme” Marie-Madeleine et même leur “fils” prénommé Judas.
Le caveau aurait également abrité l’urne d’un certain Matthieu, qui au vu des vénérables personnes qui l’entourent, ne pourrait être que l’apôtre de la Bible.
James Cameron, auteur de la superproduction Terminator 2 : le jugement dernier, se replonge une nouvelle fois dans le passé pour, cette fois, réécrire toute l’histoire des débuts de la chrétienté. Mais il a maintenant des adversaires plus réels et sérieux. Ce n’est pas l’empire des robots mais la prestigieuse communauté internationale des archéologues, historiens et théologiens. Et, bien sûr, les millions de chrétiens indignés par ce sacrilège, par cet outrage à la réalité scientifique et à la simple logique.
Le tombeau en question a été découvert il y a vingt-sept ans, en mars 1980, lors de la construction d’un immeuble d’habitation à Talpiot. Cette découverte n’avait à l’époque nullement troublé les archéologues égyptiens : on trouve des milliers de tombes dans les environs de Jérusalem. Les traits figurant sur les urnes et formant les saints noms dans l’imagination des auteurs du film, peuvent être tout ce que l’on veut, y compris de simples éraflures, estime Steven Pfann de l’Université de Jérusalem. Dans l’inscription Jésus, lui verrait plutôt Hanoun.
Mais il ne s’agit pas d’aberrations personnelles de la vision. Il est plus intéressant de voir l’argumentation que produit James Cameron.
Ainsi, l’une de ses principales thèses est la concentration étonnante, en un même lieu, de noms bibliques de la période du Nouveau Testament. Selon le réalisateur, c’est comme si on avait trouvé, à côté de la tombe de Ringo Starr, des dalles portant les noms de John, George et Paul.
James Cameron n’a pas trouvé, dans le cas présent, de témoins plus convaincants de l’authenticité de la tombe du Christ que les Beatles blasphémateurs. Paul McCartney, qui est en excellente santé, aurait de quoi se vexer.
Puis le réalisateur appelle à l’aide les statistiques. Selon des calculs effectués à sa demande par l’Université de Toronto, la probabilité de trouver ensemble les noms de Joseph, Marie, Jésus, Marie-Madeleine, etc. serait de 600 contre 1. Il s’agit donc bien de la tombe du Christ de Nazareth, affirme le réalisateur satisfait de ce résultat scientifique.
Mais les statistiques sont valables dans la mesure où elles sont bien utilisées. En Israël, le nombre de tombes non découvertes surpasse des millions de fois le nombre des tombes mises à jour. C’est pourquoi personne ne peut dire la fréquence avec laquelle se rencontrent dans les ossuaires (et dans quels regroupements) ces noms bibliques.
L’essentiel est qu’il s’agit des noms les plus populaires parmi les simples gens au cours du premier siècle de l’ère chrétienne. “Joseph est le deuxième nom le plus répandu à cette période et Jésus le sixième”, explique Darrell Bock, spécialiste du Nouveau Testament au séminaire de théologie de Dallas. Pour ce qui est de Marie, le professeur estime à 21 % le pourcentage de femmes portant fièrement ce nom à l’époque.
Les manipulations de James Cameron sont encore plus risibles concernant le génome de la sainte famille. A sa demande, les laboratoires ont prélevé de l’ADN dans les urnes sensées contenir les restes du Christ et de Marie-Madeleine. Il appert que l’ADN provient de personnes qui “n’ont pas de liens de famille par la mère”. D’où une conclusion qui arrange bien le réalisateur : puisqu’il ne s’agit pas de parents mais que les restes reposaient dans un caveau familial, c’est donc qu’”il s’agit probablement du mari et de la femme”. Tout est on ne peut plus simple. En mettant à jour la tombe du Christ, le réalisateur américain de superproduction tente en fait d’enterrer le postulat de base du christianisme : la foi en la résurrection du Fils de Dieu. Car, si l’urne contenant ses restes existe, c’est qu’il n’y a eu aucun miracle. Par conséquent, Pâques, la fête la plus joyeuse et la plus lumineuse pour les chrétiens, ne serait qu’une illusion sans objet dans le meilleur des cas.
Ce n’est pas un hasard si La Tombe perdue de Jésus est montrée au public à peu près au même moment où, l’an dernier, le livre de Dan Brown Da Vinci Code inondait les librairies. Faire coïncider une nouvelle sensationnelle avec l’approche de Pâques est un grand gage de succès commercial, estiment les organisateurs de ces provocations qui visent les chrétiens.
La Russie orthodoxe, de même que les chrétiens du monde entier relevant d’autres Eglises, ont pour eux les Saintes Ecritures qu’ils ne manqueront certainement pas d’appliquer au film de James Cameron : les marchands n’ont pas leur place au Temple.
Vladimir Simonov, RIA Novosti


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