La chronique hebdomadaire de Philippe Randa
Les malheurs des uns ne font pas forcément le bonheur des autres. Ceux de Libération, après ceux de France-Soir, sont révélateurs des difficultés du monde de la Presse quotidienne. Après ceux-là, à qui le tour, se demande-t-on ?
Exit donc Serge July. Co-fondateur d’un quotidien successivement de la gauche extrême, de la gauche mitterrandienne et désormais de la gauche bourgeois-bohème, son directeur historique depuis trente-trois ans était de ceux qui faisaient la pluie et le beau temps sur la place publique parisienne. Mais hors du périph’, qui le connaissait ? Pas vraiment la France d’en haut, encore moins celle d’en bas, mais cela ne lui importait guère, en France tout se décide à Paris et Serge July en a toujours été persuadé.
Ouest-France a beau être depuis des lustres le quotidien le plus vendu, donc le plus lu, le monde intellectuel n’a toujours reconnu que Le Monde et Libération, tenant Le Figaro pour le fer de lance de la réaction, Aujourd’hui-Le Parisien et France-soir pour des journaux de beaufs, de supporters et de ménagère de plus de cinquante ans. Quant aux quotidiens économiques, ils sont trop ciblés pour que ces intellectuels-là s’embarrassent à les considérer… et Présent n’a que le droit d’être vomi puisque « quotidien du Front national », ce qui veut tout dire, n’est-ce pas ! et ce d’autant plus qu’il a sans doute été tout sauf cela, souvent d’ailleurs au plus grand soulagement de Jean-Marie le Pen.
Alors donc, depuis quelque temps, les déboires de July Serge, licencié sinon comme un malpropre, en tout cas comme un has-been par l’actionnaire principal Édouard de Rothschild, fait grand bruit dans le landernau médiatique français. Ailleurs, gageons que les masses laborieuses en baîllent d’ennui avec d’autant plus de bonne conscience qu’elles ignorent tout du personnage, de sa vie et de son œuvre… Et qu’elles ne s’en portent guère plus mal !
C’est toute la différence entre être influent et être populaire. Reconnaissons à Serge July d’avoir été un personnage qui comptait en politique durant trois décennies successives.
Qu’il soit viré aujourd’hui parce que ses services sont devenus inutiles et que sa loyauté politique à géométrie plus que variable a fini par lasser, fait peut-être un sujet de conversation dans quelques dîners germanopratins. Mais en plein Mondial de foot, avec une équipe de France qui ne semble pas avoir dit son dernier mot, son avenir, s’il est évoqué pendant les petits-fours de l’apéritif, est sûrement oublié dès qu’on annonce que « madame est servie ». L’intérêt de tout à chacun étant alors de savoir ce qu’on va manger.
Comme quoi, même chez les intellectuels, on en revient toujours aux sujets importants. Ce qui prouve qu’ils ne sont peut-être pas si mauvais qu’on peut le dire, après tout…
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