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Sarkozy : de l’Etat providence à l’Etat repentance

February 17th, 2008 · Commenter (Pas de commentaire)

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par OLIVIER CARER

Après la disparition de la publicité sur les chaînes publiques, après les envolées sur l’Etat brancardier de l’aciérie française à Gandrange et d’incessantes frasques du même acabit, Nicolas Sarkozy sort de son chapeau présidentiel, sans précaution ni consultation, le parrainage mémoriel d’un enfant martyr de la Shoah par chaque élève de CM2.

Sarko le digne fils de Chirac

Navigant au jour le jour, de scoop en scoop, c’est dans le temple du communautarisme militant, le Crif, que le nouveau président a décidé de renouer, dans un délire aggravé, avec le recours compulsif « à la mémoire».

C’est bien connu : lorsqu’on a comme seul outil un marteau, tous les problèmes ressemblent à un clou.

Dans une Europe qui se construit exclusivement sur les décombres de la seconde guerre mondiale et dans la conjuration du passé, les fantômes des hécatombes hantent et paralysent les esprits. Depuis que la Révolution qui était l’autre référence a été abandonnée car jugée trop nationale, ne subsiste dans la mémoire sélective nationale que la seconde guerre mondiale. Désormais, seules ses indicibles horreurs ont droit de cité. Elles seules structurent le passé, la pensée et les actions de nos politiques. En 1995, Chirac nous avait servi l’autoflagellant discours du Vel d’Hiv. Guidé par le même hitlarocentrisme qui sert de prisme à toute analyse, Nicolas Sarkozy pousse la manie commémorative jusqu’à la caricature avec la lettre de Guy Mocquet lue aux joueurs avant un match de rubgy, jusqu’au malaise avec cette absurde et dangereuse initiative unanimement décriée.

La parcellisation de l’histoire

Pire, le choix de privilégier le souvenir d’une communauté particulière, risque d’aggraver la communautarisation, la fragmentation de l’histoire nationale : immédiatement, dans l’atterrante course victimaire des minorités pour décrocher la palme du malheur, un internaute s’indignait sur un blog de voir le communauté juive s’accaparer toutes les capacités de commisération. Très naïvement, il demandait que chaque petit français prenne en charge un enfant martyr palestinien de la bande de Gaza. Un Antillais tenait le même raisonnement avec l’esclavage. Dans une société qui se communautarise, chacun veut faire fructifier son petit portefeuille du malheur. On s’en rend compte, loin de fédérer, l’initiative de Nicolas Sarkozy exacerbe les concurrences communautaristes, contribue à un apartheid mémoriel et nourri potentiellement la guerre civile de mémoires plus ou moins compatibles.

Une repentance névrotique

Compte tenu de ses promesses de campagne, les Français attendaient de lui non pas l’obligation d’une rétrospection individuelle sur l’horreur génocidaire absolue mais l’exaltation de hauts faits qui recimenterait la nation. Il aurait, par exemple, été plus conforme à cet esprit de faire prendre en charge à chaque enfant la vie et les exploits d’un héros de nos millénaires d’histoire. Nicolas Sarkozy aura préféré se complaire dans une morbidité inepte et potentiellement destructrice.

Dès l’intermède de campagne oublié, Nicolas Sarkozy redevient indécrotablement ce politicien, ce président de conseil général, ce ministre d’un gouvernement qui avait laissé, sans broncher, célébrer la défaite de Trafalgar et ensevelir le bicentenaire d’Austerlitz.

Ce n’était pas un hasard.



Tags: Europe · General · In Memoriam · Politique · Société

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