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Racines chrétiennes de l’Europe: une évidence

February 4th, 2008 · Commenter (6 Commentaires)

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philippe.pngPar Olivier Carer

La pression du calendrier électoral et l’état des sondages qui servent de ligne idéologique à l’UMP auront poussé Nicolas Sarkozy à regretter l’abandon de toute référence aux racines chrétiennes de l’Europe dans sa mini constitution.

Ces regrets, exprimés par l’instigateur du traité de Lisbonne lui-même, s’apparentent davantage à une oraison funèbre qu’à une relance volontariste du débat. Peut-être ne témoignent-ils finalement que du romantisme compassionnel d’Henri Guénot, l’inspirateur talentueux des discours du président.

Un révisionnisme identitaire éhonté

Ces regrets tardifs, et jérémiades anachroniques, ne changent plus rien à l’affaire et, avec la formule suivante, sacralise un texte fondé sur le révisionnisme identitaire le plus éhonté.

“S’inspirant des héritages culturels, religieux et humanistes de l’Europe, à partir desquels se sont développées les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’Etat de droit.”

Il aura fallu le cosmopolitisme de l’élite européenne pour évacuer toute référence aux racines chrétiennes de l’Europe dans les textes fondateurs de la construction européenne. Dans ce jeu malsain d’esquive, de convictions identitaires incertaines, dans ce déni de soi même, l’indigence intellectuelle d’un Chirac et sa pathétique propension à la repentance auront fait brillé la France avec un zèle navrant.

La négation de deux mille ans d’histoire

Cette formule, utilisée par le traité de Lisbonne et donc acceptée par Nicolas Sarkozy, procède d’une rare malhonnêteté intellectuelle.
Elle revient à nier que « l’héritage religieux » dont parle le texte est, sur notre continent, à 99% chrétien. Faut-il être aveugle pour ne pas voir qu’en deux millénaires le christianisme bâtisseur a modelé nos paysages en déployant le « blanc manteau des églises » sur tout le continent et singulièrement en France.

La négation d’un socle de valeurs fondatrices

Mais surtout, cette contrefaçon sémantique voudrait occulter un christianisme qui, qu’on le veuille ou non, peuple l’imaginaire collectif des européens avec ses images et ses références, structure la temporalité avec ses fêtes et ses jours fériés ou ponctue la vie par ses rites même inconscients.

La déclaration humaniste à laquelle les rédacteurs font allusion, procède par nature du message évangélique. La reconnaissance de l’individu en tant que tel ne peut émaner que du christianisme. Avant son importation par les occidentaux, elle est inconnue dans l’Afrique traditionnelle qui reconnait le clan et ignore par exemple la propriété personnelle ou le mariage par consentement libre. De la même façon, le concept même d’individu est étranger à l’islam qui se réfère à l’umma, c’est-à-dire la communauté des croyants. Cette souveraineté de la personne qui s’acétifie malheureusement aujourd’hui en une tyrannie de l’individualisme, est par nature chrétienne et européenne. Les Lumières n’en ont fourni qu’une version sécularisée. Le marxisme, lui-même né en Europe, ne fut qu’une hérésie du christianisme, une hérésie éphémère, matérialiste, antireligieuse et monstrueusement criminelle.
On pourrait soutenir le même raisonnement à propos de la notion de choix et d’espérance des chrétiens par rapport à l’inéluctabilité du destin chez les musulmans contenu dans la récurrente formule « Inch Allah ».

Un traité qui annonce la bifurcation identitaire de l’Europe

On le voit, contrairement à ce qu’ose prétendre une certaine presse confessionnelle chrétienne, cette question de la mention des origines chrétiennes n’est pas sans importance. Elle ne relève pas d’une nostalgie angoissée du temps passé mais rappelle une évidence historique. Surtout, il ya danger à fixer une direction pour l’avenir avec une formule générique comme un produit sans marque.

Inscrit dans le marbre d’une constitution, la non référence explicite aux racines chrétiennes scelle la bifurcation identitaire de l’Europe et prépare l’irrémédiable corruption de ses valeurs de civilisation.



Tags: Mondialisme · Europe · General · Société

6 responses so far ↓

  • 1 Paul // Mar 21, 2008 at 10:58

    Voici ce qu’en pense Paul Veyne, professeur honoraire au Collège de France, dans son livre “Quand notre monde est devenu chrétien, 2007″ :

    Une religion est une des composantes d’une civilisation, elle n’en est pas la matrice, même si elle a pu quelque temps lui servir de désignation conventionnelle, être son nom de famille : “la civilisation chrétienne”. L’Occident passe pour avoir avoir cultivé ou préconisé l’humanitarisme, la douceur, plus que l’ont fait d’autres civilisations et il devrait cette douceur à l’influence chrétienne qui aurait adouci les moeurs. Cette idée n’est ni vraie ni fausse, je le crains, car les rapports entre une croyance et le reste de la réalité sociale se révéleront beaucoup moins simples. On me saura gré de ne pas brandir l’Inquisition et les Croisades et de me borner, pour garder les pieds sur terre, à citer quatre lignes de Marc Bloch : la loi du Christ “peut être comprise comme un enseignement de douceur et de miséricorde, mais, durant l’ère féodale, la foi la plus vive dans les mystères du christianisme s’associa sans difficulté apparente avec le goût de la violence.

    Quand notre monde est devenu chrétien, Paul Veyne, éd. Albin Michel, coll. Idées, 2007, p. 250

    Notre Europe actuelle est démocrate, laïque, partisane de la liberté religieuse, des droits de l’homme, de la liberté de penser, de la liberté sexuelle, du féminisme, du socialisme ou de la réduction des inégalités. Toutes choses qui sont étrangères et parfois opposées au catholicisme d’hier et d’aujourd’hui. La morale chrétienne, elle, prêchait l’ascétisme, qui nous est sorti de l’esprit, l’amour du prochain (vaste programme, resté vague) et nous enseignait de ne pas tuer ni voler, mais tout le monde le savait déjà. Tranchons le mot : l’apport du christianisme à l’Europe actuelle, qui compte toujours une forte proportion de chrétiens, se réduit presque à la présence de ceux-ci parmi nous. S’il fallait absolument nous trouver des pères spirituels, notre modernité pourrait nommer Kant et Spinoza…
    (Quand notre monde est devenu chrétien, Paul Veyne, éd. Albin Michel, coll. Idées, 2007, p. 256-257)

    Répétons qu’une religion, n’étant pas une essence transhistorique, ne peut être une matrice, une racine, et devient en partie ce que son temps la fait être.
    (Quand notre monde est devenu chrétien, Paul Veyne, éd. Albin Michel, coll. Idées, 2007, p. 262)

    Se réclamer d’un Livre saint (ou du sens qu’une époque lui prête) n’est qu’un facteur historique parmi d’autres. Aucune société, aucune culture, avec son fourmillement et ses contradictions, n’est fondée sur une doctrine. De l’entrecroisement confus de facteurs de tout espèce qui composent une civilisation, la partie qui semble émerger est la religion, ou encore les grands principes affichés, parce que c’est la partie audible, lisible, langagière d’une civilisation, la partie qui saute aux yeux et aux oreilles et d’après laquelle on est porté à la caractériser et à la dénommer. On parle donc de civilisation chrétienne de l’Occident, on attribue son humanitarisme au christianisme. [...] la religion n’est qu’un facteur parmi bien d’autres [...] vouloir privilégier tel ou tel facteur, est un choix partisan et confessionnel. De plus, en notre siècle, les Eglises ont une influence plus réduite dans les sociétés sécularisées. Le christianisme y est enraciné, il n’en est pas pour autant la racine ; encore moins le représentant de ces sociétés devenues différentes de lui, sauf lorsqu’il s’en inspire. L’Europe n’a pas de racines, chrétiennes ou autres, elle s’est faite par étapes imprévisibles, aucune de ses composantes n’étant plus originales qu’une autre. Elle n’est pas préformée dans le christianisme, elle n’est pas le développement d’un germe, mais le résultat d’une épigénèse. Le christianisme également du reste.
    (Quand notre monde est devenu chrétien, Paul Veyne, éd. Albin Michel, coll. Idées, 2007, p. 265-266)

  • 2 Paul // Mar 21, 2008 at 11:00

    De même Charles de Galles, probable futur roi d’Angleterre a donné son avis sur la question :

    Une grande partie des traits dont s’enorgueillit l’Europe moderne lui sont venues de l’Espagne musulmane. La diplomatie, la liberté du commerce, l’ouverture des frontières, les techniques de recherches universitaires, d’anthropologie, l’étiquette, la mode, divers types de médecine, les hôpitaux, tous venaient de cette grande ville entre toutes. [...] L’étonnant est l’importance que l’Islam a longtemps eue en Europe, d’abord en Espagne, puis dans les Balkans, et la mesure de sa contribution à une civilisation que nous tous identifions trop souvent, et à tort, comme uniquement occidentale. L’Islam fait partie de notre passé et de notre présent, dans tous les domaines de l’entreprise humaine. Il a aidé à créer l’Europe moderne. Il fait partie de notre propre héritage et ne s’en distingue pas. (27 octobre 1993, Oxford Centre for Islamic Studies , The Sheldonian Theatre, Oxford, dans Islam and the West, paru Site officiel du Prince de Galles (www.princeofwales.gov.uk), Charles de Galles.)

  • 3 Paul // Mar 21, 2008 at 11:02

    Le philosophe Frédéric Lenoir n’est luin non plus pas tout à fait de cet avis :

    A strictement parler, les racines de l’Europe ne sont pas chrétiennes. Elles sont grecques, juives, romaines, celtes… et plus lointainement encore égyptiennes, mésopotamiennes, perses…[...] L’expression est impropre et laisse à penser que les sources antiques sont niées. Il serait plus approprié de parler de rôle déterminant du christianisme dans la construction de l’identité européenne.[...] Ce qui fonde le lien social et la citoyenneté européenne aujourd’hui, ce n’est plus la foi chrétienne, mais la raison et le droit laïc. (Le Christ philosophe, Frédéric Lenoir, éd. Plon, 2007, p. 223)

  • 4 Paul // Mar 21, 2008 at 12:03

    Et n’oublions pas notre plus grand penseur, Voltaire, qui disait à l’empereur Frédéric II en 1767 à propos du Christianisme:

    «Tant qu’il y aura des fripons et des imbéciles, il y aura des religions. La nôtre est sans contredit la plus ridicule, la plus absurde, et la plus sanguinaire qui ait jamais infecté le monde. » (Lettre à Frédéric II, roi de Prusse , (5 janvier 1767)

  • 5 Thierry // Mar 30, 2008 at 2:16

    L’Europe définit son identité sur base d’un critère religieux (judéo-chrétien) et l’autre culturel (gréco-latin). Cependant plusieurs contradictions se dégagent :

    Le critère religieux

    1. L’Europe serait exclusivement de tradition judéo-chrétienne. D’un point de vue chronologique, certes, et c’est indubitable, le judaïsme et le christianisme précèdent l’islam sur le Vieux Continent. Cependant, on ne réduit pas une histoire générale à son origine pour définir une tradition, qui au fil du temps connaît forcément d’autres apports. D’un point de vue strictement scientifique, ce n’est pas sérieux : cela équivaudrait par exemple à réduire l’histoire de l’Egypte à sa période pharaonique exclusivement. La première chose à faire donc, consiste à élargir la perspective historique que l’on adopte, ce qui devrait normalement avoir pour effet d’impliquer une mémoire inclusive.

    2. L’insistance avec laquelle on affirme que l’Europe est de tradition judéo-chrétienne mérite qu’on s’y attarde. Que dire en effet du Proche Orient, lieu d’émergence du judaïsme et du christianisme ? De ce point de vue-là, la Palestine, la Syrie, l’Ethiopie etc. sont tout autant -mais pas seulement- de tradition judéo-chrétienne. Dans un cas comme dans l’autre, on ne peut pas négliger l’apport de toutes les traditions religieuses et faire preuve d’une mémoire sélective.

    Le critère culturel

    L’Europe serait exclusivement de culture gréco-latine. Ici aussi, on se trouve en face de plusieurs contradictions.

    1. La première consiste à réduire l’apport scientifique européen au monde gréco-latin, ce qui historiquement est faux. George Sarton (Université de Harvard) explique que le miracle grec est une création de la Renaissance, la science grecque étant elle-même tributaire de l’apport indien (déjà au 7ème siècle, un chrétien syrien, Sévère Sebokht établissait un tel constat .) En outre, Sarton explique que le terme de « Dark Ages », Moyen-Age, n’est valable -d’un point de vue de l’histoire des sciences- que si l’on fait preuve d’une vision sélective : l’apport des sciences arabes et musulmanes prouve en effet qu’il s’agit d’une période florissante. Or, dans les manuels d’histoire, on continue à parler de « Moyen-Age ». Sans appeler à une redéfinition de la périodisation de l’Histoire, il faut au moins, souligner l’inexactitude d’une telle représentation.

    2. La deuxième contradiction réside dans le fait de dire qu’à la Renaissance, l’Europe redécouvre le patrimoine antique. Tout le monde sait (ou devrait savoir) que le patrimoine grec été transmis en Europe, via les arabes et les musulmans en Andalousie et que ce patrimoine a fait l’objet d’un apport considérable. La culture arabo-musulmane, en effet, depuis les Abbassides, est entrée en contact avec l’héritage hellénistique et de ce fait avec la langue grecque. (Il en va de même pour les chrétiens orientaux qui ont transmis un grand nombre de textes, par l’activité de grands monastères (Saint-Saba, Saint-Chariton …) mais aussi par l’intermédiaire des centres d’éducation en Mésopotamie…) : le bilinguisme -et même le trilinguisme- y étant de rigueur. Dire qu’à la Renaissance, on redécouvre le patrimoine antique, c’est dire qu’on l’a une fois découvert. Mais dans peu de manuel, lorsque l’on étudie la Renaissance, on ne dit que c’est via l’Andalousie. A noter que, s’il a fallu attendre que les Arabes transmettent et enrichissent le patrimoine grec en Europe, c’est que les Européens ne connaissaient pas le grec. Le premier cours de grec a été donné au 15ème siècle, en Italie, à la période de la Renaissance. En effet, après la chute de Constantinople, on assiste à un afflux considérable de lettrés byzantins (et de textes) vers l’Italie : ce n’est qu’à ce moment précis de l’Histoire que l’Europe procède à une sélection de son patrimoine et sa mémoire.

    Au vu de ces éléments, on le voit, le monde proche-oriental et l’islam ne sont ni plus ni moins judéo-chrétien que l’Europe, ni plus ni moins gréco que le monde dit gréco-latin… De la même manière, l’Europe est tributaire de l’apport scientifique et philosophie de la culture arabo-musulmane et orientale qu’elle soit continentale (l’Empire Ottoman, Cordoue…) ou transcontinentale (Bagdad, Nisibe, Gundishapur…).

    Enfin, d’un point de vue religieux et culturel, et en ce qui concerne la mémoire du continent, plutôt qe d’adopter un ordre d’opposition (quand on ne fait pas preuve d’omission), il faudrait opter pour un ordre de coexistence et de contribution. Or, les deux critères que certains certains politiciens utilisent pour définir l’Europe adopte pour définir son identité ne s’inscrivent pas dans cette perspective : ils ne font que renforcer une logique d’exclusion. Il faut s’inquiéter d’une société qui met en valeur une mémoire exclusive : une telle société, on peut le voir actuellement, est une société qui construit des murs. Et pas seulement au sens propre du terme. Dans le contexte actuel, il faut se le demander : « De quel type d’Europe nous voulons vraiment ? »

  • 6 Paul // Mar 30, 2008 at 3:26

    On oublie trop souvent que les trois religions monothéistes sont toutes les trois sémites et orientales. Comme le dit la grand anthropologue britannique Jack Goody :

    “C’est à partir de leur foyer proche-oriental que les trois grands monothéismes que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam se sont propagés vers l’ouest, en suivant les deux rives de la Méditerranée. En ce sens l’islam n’est pas plus exogène à l’Europe que le judaïsme et le christianisme : il y est implanté depuis longtemps et y a exercé une influence non seulement politique mais aussi culturelle. C’est d’ailleurs en partie pour se défendre de ses composantes juives et musulmanes, que l’Europe s’est définie comme un continent chrétien.” (L’Islam en Europe, Jack Goody, éd. La Découverte, 2004, p. 17-24)

    Quant é Napoléon il disait lors de sa captivité à Sainte Hélène:
    “Les trois religions qui ont répandu la connaissance d’un Dieu immortel, incréé, maître et créateur des hommes, sont sorties de l’Arabie. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet sont Arabes, nés à Memphis, à Nazareth, à la Mecque. L’Europe, l’Asie, l’Afrique, l’Amérique, qui renferment tant d’immenses solitudes, tant de hautes montagnes, tant de vastes mers, tant de riches plaines, tant de grandes métropoles, implorent Moïse, Jésus-Christ ou Mahomet, se règlent sur les livres saints, l’Évangile ou le Coran, ont les yeux tournés vers l’Arabie, sur Jérusalem, Nazareth ou la Mecque.” (Campagnes d’Egypte et de Syrie 1798-1799, Napoléon Bonaparte, éd. Comon et cie, 1847, t. 1, Affaires religieuses, p. 210
    )

    Donc christianisme, judaisme ou islam nous viennent tous du même endroit…

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