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Macédoine-Grèce : la nouvelle porte d’entrée des migrants clandestins en Europe

August 27th, 2007 · Commenter (Pas de commentaire)

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La Macédoine est devenue un point de passage des clandestins qui cherchent à gagner l’Europe. Arrivés par l’aéroport de Belgrade, les migrants essaient de gagner la Grèce : depuis l’aéroport de Thessalonique, il est facile de rejoindre n’importe quelle destination en Europe. Les Kurdes, les Irakiens ou les Albanais transitent aussi par le Kosovo et la Macédoine pour gagner la Grèce. Les habitants de la région de Gevgelija abandonnent l’agriculture pour se livrer au trafic des clandestins, bien plus rémunérateur…

L’Europe est confrontée à un grand défi : comment peut-elle faire face à l’afflux des migrants, qui essaient chaque année de se faufiler à travers ses frontières ? Il est de plus en plus difficile pour la « vieille Europe » de se protéger face à l’arrivée de clandestins venant de Chine, du Pakistan, d’Inde, d’Albanie, d’Irak, du Bangladesh, de Turquie, qui cherchent à fuir la misère. Cachés dans des conteneurs installés dans des camions, dans des taxis ou des coffres de voiture, ils risquent leur vie en se lançant dans ce dangereux voyage. Toute recherche sur les canaux et les réseaux de l’émigration clandestine mène à l’aéroport de Belgrade. Celui-ci est une porte d’entrée majeure en Europe. Ensuite, la route se poursuit à travers la Macédoine. Mais ce pays n’est pas leur destination finale. Ils cherchent à pénétrer en Grèce. En effet, dès que les clandestins atteignent l’aéroport de Thessalonique, plus aucune barrière ne les sépare de l’Europe occidentale.

« Nous formons un barrage de protection de l’Europe. L’afflux des émigrants venus d’Orient s’arrête à cette barrière. Les clandestins, dès qu’ils sont détectés, sont tout de suite reconduits dans leurs pays. Si cette frontière devient perméable, l’Europe croulera sous le poids des Chinois, des Kurdes et des Albanais », explique le directeur de la Sécurité publique de Macédoine, Lupco Todorovski.

Les pays des Balkans, qui forment un glacis extérieur de l’Union européenne, resserrent les barrières autour de la route la plus fréquentée du trafic des clandestins. Les policiers des pays de Balkans sont particulièrement satisfaits des résultats de l’opération « Danube ». Le plus important réseau balkanique de trafic des migrants, qui pesait des millions d’euros, a été démantelé, et soixante trafiquants se sont retrouvés derrière les barreaux. En Macédoine, les deux trafiquants les plus dangereux ont été capturés : on a des preuves de leur implication dans le passage de centaines d’émigrants. Malgré cette action réussie, les autorités soulignent que le trafic ne va pas s’arrêter, car il s’agit d’un business qui représente d’immenses sommes d’argent.

Les trafiquants sont bien organisés et ils agissent en relation avec des structures criminelles des pays voisins. Les peines les plus sévères, qui peuvent aller jusqu’à plus de huit années de prisons, ne les détournent pas de leurs affaires. Cependant, les clandestins sont, généralement, les principales victimes. Trompés par les trafiquants, poursuivis par la police, au lieu d’arriver dans le pays promis, ils sont le plus souvent déportés, sans argent et sans papiers.

Les routes du trafic

Les Chinois, les Albanais, les Pakistanais, les Bengladis, les Indiens, mais aussi depuis quelque temps les Irakiens empruntent la route des Balkans pour émigrer. Certains d’entre eux utilisent la voie par terre qui, après l’arrivée à l’aéroport de Skopje, passe par le Kosovo, la Bosnie, la Croatie, la Slovenie, jusqu’en Italie et en Autriche. Les émigrants chinois utilisent le plus souvent l’aéroport de Belgrade pour pénétrer dans les Balkans, parce qu’ils n’ont pas besoin de visa pour entrer en Serbie. Après quoi, des groupes bien organisés les prennent en mains et les dirigent dans trois directions : vers la Hongrie, la Croatie ou la Macédoine.

« Les émigrants Chinois utilisent, le plus souvent, la route de l’aéroport de Belgrade. Parfois aussi, ils arrivent à Istanbul, ou bien encore ils atterrissent directement à l’aéroport de Skopje. En 2005, il y a eu un afflux de migrants chinois en Albanie : ils se sont installés dans des camps, ils se sont procuré des documents et, finalement, ils ont réussi à gagner la Grèce en passant par la Macédoine. Cette route est toujours active, mais les trafiquants cherchent sans cesse de nouveaux itinéraires, plus économiques et présentant moins de risques », explique Sande Kitanov, chef du Secteur du trafic des êtres humains au sein du ministère de l’Intérieur de Macédoine.

Beaucoup de migrants Kurdes utilisent aussi les routes passant par Istanbul, Pristina ou Tirana. Les organisateurs de ce trafic parlent très bien le kurde et ont des relations dans les aéroports. Les trafiquants, assez souvent, apposent de faux visas dans les passeports. Dans certains cas, ils changent seulement la photographie, mais ils peuvent aussi utiliser les passeports d’autres personnes, avec des visas réguliers. « Les faux passeports turcs sont difficiles à identifier. Il est également facile de changer la photo d’identité. Il y a même eu des cas d’hommes qui voyageaient en Europe avec des passeports de femmes. Peu de gens comprennent la langue turque et peuvent se rendre compte de la fraude », ajoute l’inspecteur Mome Jakimovski.

En 2005, un réseau de trafic de migrants péruviens, organisé par une personne du Kosovo, a été dévoilé. Ce Kosovar avait fait la connaissance d’un Péruvien et ils ont ouvert une agence touristique, qui servait de paravent pour le trafic des clandestins vers la Grèce, via Pristina. Le réseau marchait dans les deux sens : des Kosovars sont aussi partis vers le Pérou et les Etats-Unis. Ce réseau a été démantelé par la MINUK.

Les migrants qui n’ont pas d’argent pour payer les trafiquants décident souvent de prendre seuls ce chemin semé d’épines. « Ils viennent d’Albanie en Macédoine en passant par Struga, puis ils prennent un car ou un taxi pour venir à Skopje. Ensuite, ils continuent vers Gevgelija, sur la frontière grecque. Ils se servent du fleuve Vardar comme repère, ils suivent son cours. Mais parfois il leur arrive de se perdre : au lieu d’arriver à Gevgelija, ils finissent à Tabanovce [sur la frontière serbe, NdT] ! », expliquent les policiers.

D’immenses profits

Les trafiquants macédoniens ont de solides relations avec les criminels des pays voisins. Il est difficile d’arrêter leur business parce qu’il engendre de très grands profits. « Le transfert d’un émigrant chinois à travers la Macédoine représente 1 000 à 1 500 euros, et la seule traversée de la frontière coûte 300 à 400 euros. Les émigrants albanais paient plus de 1 000 à 2 000 euros », explique l’inspecteur principal Jakimovski.

Il est facile de calculer les profits que représente le trafic. Le transfert d’un groupe d’une dizaine de migrants albanais en Grèce ne coûte pas plus de 500 euros pour les trafiquants. Mais ils font payer ce service aux migrants 1 500 euros au minimum, ce qui veut dire qu’ils réalisent un bénéfice net de 15 000 euros !

Le trafic est une activité très lucrative dans les régions de Gevgelija, Strumica et Dojran, près de la frontière grecque. À Gevgelija, les gens délaissent l’agriculture. « Ils abandonnent les tomates et les poivrons pour le trafic, qui leur permet de gagner beaucoup plus d’argent. Ils demandent 50 euros par personne pour passer la frontière », expliquent nos interlocuteurs.

Les clandestins sont conduits sur des petits chemins locaux pour passer la « frontière verte » – c’est ainsi que les policiers appellent la portion de frontières qu’ils ne contrôlent pas en permanence. Les trafiquants logent souvent les clandestins chez leurs contacts logistiques, à Dojran et à Gevgelija, avant de leur faire passer la frontière. « Les collaborateurs locaux des trafiquants sont de vrais experts. Ils connaissent bien le terrain, ils ont des relations dans la police des frontières. Ils représentent ainsi un anneau important de la chaîne qui conduit les migrants en Grèce. Les migrants sont convaincus que la Grèce est le pays du Salut, car il est très facile de gagner n’importe quelle destination en Europe depuis l’aéroport de Thessalonique », explique le chef de la police Kitanovski.

Comment se débarrasser des Chinois chez son voisin…

Les émigrants chinois paient en moyenne près de 15 000 euros, en fonction du nombre de pays qu’ils doivent traverser pour arriver en Europe. Le plus souvent, ils voyagent en avion. Il s’agit surtout de migrants économiques qui devront travailler pour rembourser leur voyage. Pour gagner ces 15 000 euros, le migrant doit travailler durant des années chez celui qui a financé son voyage. Il s’agit d’une forme d’exploitation des travailleurs qui est difficile à démontrer.

« Le problème, quand on attrape des clandestins, c’est qu’ils n’ont pas un sou ni le moindre document d’identité. Pour nous, le problème est de parvenir à les identifier, car on attend très longtemps les renseignements que nous fournit la Chine. De même, les coûts de rapatriement dans le pays d’origine sont à la charge du pays où les clandestins sont arrêtés. Les frais sont énormes pour notre pays », souligne le chef de la police Kitanovski.

Sachant que le rapatriement d’un clandestin chinois coûte 2000 à 3000 euros, on comprend pourquoi tout le monde essaie de se débarrasser chez le voisin des migrants arrêtés. « Ils arrivent que les Grecs, pour se débarrasser des clandestins, les emmènent en camion jusqu’au poste frontière de Bogorodica. Quand on essaie de les reconduire en Grèce, les migrants se jettent dans les jambes de nos policiers, ils pleurent et montrent, par des mimiques qu’ils étaient maltraités en Grèce », raconte le chef de la Sécurité publique, Ljupco Todorovski.

Les sanctions

Les sanctions

Les peines prévues pour les groupes criminels qui se livrent au trafic des clandestins vont jusqu’à huit années de prison, mais cela ne détourne pas les trafiquants de leurs lucratives affaires, à cause des immenses profits qu’ils peuvent espérer. Tous nos interlocuteurs sont d’accord sur ce constat.

Le trafic des migrants a été introduit comme délit spécifique dans le Code pénal macédonien en 2004. Depuis, en conformité avec la Convention de Palerme et les directives du Conseil de l’Europe, des peines allant jusqu’à huit années de prison sont prévues. Les mêmes peines sont prévues pour ceux qui se livrent au trafic des mineurs. On trouve surtout des mineurs dans les familles albanaises qui partent en Grèce via la Macédoine.

Sources :

Article de Daniela Trpcevska publié dans Globus
Traduit par Katerina Kirovska pour Le Courrier des Balkans



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