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AMI France: En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire (G. Orwell)


Le forum de Valeurs actuelles sur l’Algérie

July 5th, 2005 · Commenter (Pas de commentaire)

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DOSSIER : Algérie 1954-1962

Forums des lecteurs

À la suite de notre dossier sur “L’honneur des capitaines”, nous avons reçu un important courrier dont on trouvera les premiers témoignages dans ce “spécial forum” : récits de ceux qui ont vécu la tragédie algérienne…

Témoignage d’un journaliste

“J’ai vécu les atrocités FLN la peur au ventre”

J’ai été l’un des envoyés spéciaux du Figaro pendant la guerre d’Algérie, de 1955 à 1962. En 1956-1957, j’ai vécu, la peur au ventre, la terrible “bataille d’Alger”. Sans vouloir justifier des méthodes moralement condamnables, je livre un témoignage.

On ne peut pas juger lorsqu’on n’a pas vu tant d’innocentes victimes, femmes, enfants, vieillards, déchiquetées par les bombes et les grenades qui explosaient un peu partout, dans les cafés, les cinémas, les stades, les dancings, aux arrêts de bus… Et jusque dans les cimetières surpeuplés !

On ne peut pas juger lorsqu’on n’a pas vu ces couples de vingt ans, venus danser un samedi soir, coupés en morceaux au Casino de la Corniche, à Saint-Eugène. Tués ou affreusement mutilés par dizaines… L’horreur absolue.

On ne peut pas juger lorsqu’on n’a pas vu les atrocités d’un sadisme écœurant commises par les tortionnaires de l’ALN sur nos soldats, les supplétifs musulmans ou les civils des mechtas fidèles à la France : pauvres corps suppliciés, égorgés, émasculés, les lèvres, les oreilles et le nez coupés… Sans parler des femmes éventrées, sans parler du douar martyrisé de Melouza parce que rebelle aux fellaghas…

Imaginez Paris vivant, au quotidien, le carnage des attentats de la rue de Rennes ou de la station Saint-Michel du RER !

Il fallait, d’extrême urgence, mettre fin au cauchemar, arrêter le massacre des innocents. Quels moyens restait-il quand l’interrogatoire “aimable” des suspects et le renseignement de police n’avaient pas suffi ? C’est facile de s’indigner quarante-trois ans après, à froid, tranquillement assis dans son fauteuil, mais alors, sur le terrain, n’était-il pas impératif d’opérer à chaud pour sauver des vies ? Sait-on que plus de cent bombes furent ainsi découvertes à temps ?

Certes, la barbarie FLN, les plus ignobles tueries n’excusent pas certains excès de nos militaires. Il ne s’agit pas d’ailleurs d’excuser, mais de comprendre. Le pouvoir politique (largement socialiste jusqu’en 1958) a imposé à notre armée de venir à bout d’une guerre révolutionnaire. Les bavures étaient inévitables. Ces guerres-là sont particulièrement affreuses et révoltantes.

Ce qui n’est pas moins révoltant, c’est l’impudeur et l’impudence de nos communistes et de nos gauchistes, soutiens actifs des bourreaux. Ces petits messieurs, qui jouent aujourd’hui les Fouquier-Tinville à l’encontre de l’armée française, ont scandaleusement, ignominieusement fourni à l’ennemi FLN (les porteurs de valises, la trahison de l’aspirant Maillot, etc.) une partie des armes qui tuaient nos soldats.

Ces petits messieurs se sont honteusement tus devant le calvaire des pieds-noirs massacrés et, lors de l’indépendance algérienne, devant l’ignoble martyre des quelque cent mille ou cent vingt mille harkis brûlés ou dépecés vifs, ébouillantés, enterrés ou jetés vivants dans la chaux vive…

Ces petits messieurs ont lâchement fermé les yeux devant les innombrables crimes des totalitarismes rouges, des massacreurs communistes à travers le monde, depuis quatre-vingts ans, comme l’a rappelé avec pertinence et lucidité Catherine Nay (voir le Dossier noir du communisme, de Stéphane Courtois : cent millions de morts !). Alors, de grâce, qu’on arrête avec les repentances à sens unique !

Gérard Marin, ancien grand reporter et rédacteur en chef au Figaro.

Un texte définitif “J’ai rapporté la loi sur l’amnistie”

Une proposition de résolution du groupe communiste réclamant la constitution d’une commission d’enquête sur la torture en Algérie (sic) vient d’être renvoyée par le bureau de l’Assemblée à l’examen de la Commission des lois.

Un tel renvoi, certes habituel pour une proposition de résolution, me paraît tout à fait illégitime en l’espèce puisque les faits évoqués, dans la mesure où ils peuvent exister, ont été amnistiés par une loi votée par le Parlement voici trente-deux ans et dont j’étais, à l’Assemblée nationale, le rapporteur, ce qui vous expliquera mon intervention et mon indignation.

La loi que j’évoque, débattue par l’Assemblée à partir du 22 juillet 1968, porte « amnistie générale de toutes les infractions commises en relation avec les événements d’Algérie ». A l’exception du groupe communiste, elle a été votée par tous les groupes de l’Assemblée, M. Gaston Defferre ayant bien voulu apporter au nom de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste un vote d’adhésion aux principes d’une amnistie générale, auxquels je dois dire il était depuis longtemps acquis.

Cette amnistie était générale mais aussi définitive, ce qui signifiait qu’on ne pourrait y revenir, car y revenir aujourd’hui prendrait une sorte de caractère délictuel.

Je n’ai pas manqué d’insister sur ce point dans ma conclusion d’alors. « Puisse la décision souveraine de cette assemblée, en attendant qu’ils ne se dégagent à nouveau dans la sérénité de l’histoire, débarrasser maintenant ces événements et leurs suites des passions qui les ont trop longtemps agités. »

La Commission des lois est là pour faire les lois et pas l’histoire. Quant aux auteurs de la proposition de résolution, ils semblent n’avoir aucune qualité pour dire l’histoire, qu’en ce qui les concerne ils n’ont pas encore rencontrée.

Jacques Limouzy,ancien ministre.

Union politique “J’ai défendu la France à l’Onu”

Depuis janvier 1956, la gauche gouvernait la France. Guy Mollet, chef du parti socialiste était président du Conseil, Robert Lacoste, également socialiste, gouverneur général de l’Algérie. Tout comme, en 1954, Pierre Mendès France, chef du gouvernement, et François Mitterrand, ministre de l’Intérieur, ils proclamaient fermement que Alger, Oran et Constantine étaient des départements français et que l’ordre y était rétabli contre les « rebelles » et les « terroristes ».

Sur ce point les positions de l’opposition de droite et radicale modérée (Pinay, Bidault, Edgar Faure) rejoignaient celles du gouvernement.

C’est dans ces conditions que Guy Mollet demanda à Roger Duchet, qui était secrétaire général du Centre national des indépendants (parti qui, avec ses cent députés, était le plus important de l’opposition), s’il accepterait d’aller à l’Onu à New York pour appuyer les positions politiques sur l’Algérie défendues par le gouvernement de gauche, démontrant ainsi à l’opinion l’union politique des Français à cet égard.

Duchet me demanda de l’accompagner. Nous fîmes deux séjours à New York (été 1956 et printemps 1957) où il rencontra Dag Hammarskjoeld, l’influent secrétaire général des Nations unies. J’assistais, passionné, à toutes les conversations au cours desquelles il soutint vigoureusement la politique de la France. On nous avait remis à Matignon, avant notre départ, des dossiers complets notamment sur les actes de terrorisme et les massacres sauvages dont le FLN se rendait coupable tout autant contre des Arabes que contre des Européens. Je possède encore un exemplaire du dossier d’atroces photographies des victimes. Aucun de nos interlocuteurs (Américains, Indiens, Indonésiens, Sud-Américains ou scandinaves) ne nous parla d’actes de torture commis par l’armée française. Ce n’est, me semble-t-il, que quelque temps après que le général de la Bollardière émit des protestations à cet égard et que l’Express et France Observateur dénoncèrent les actions de certains militaires français,
notamment au cours de la bataille d’Alger, dont le but était de faire cesser les attentats meurtriers dont étaient victimes les civils tant Arabes qu’Européens.

Si, bien entendu, je condamne formellement l’usage de la torture, je trouve désolant que, près d’un demi-siècle plus tard, alors que la plupart des responsables, de part et d’autre, ont disparu et qu’il est impossible à ceux qui ne les ont pas vécus de comprendre tous les aspects de ces tragiques événements, de vouloir par une sorte de masochisme obliger la France seule à battre sa coulpe et à s’accuser elle-même aux
yeux du monde.

Michel Junot, ancien député,
préfet honoraire, Paris.

60 000 harkis soumis à des supplices
De nombreux autres témoignages ont été recueillis par le général Maurice Faivre à l’occasion de ses recherches d’historien pour le livre blanc Mémoire et vérité.

Si les accusateurs de l’armée française font état des atrocités du FLN, ils se gardent bien d’en préciser toute l’horreur, en rien comparable aux interrogatoires musclés conduits par les services de sécurité en vue de rechercher les auteurs de ces atrocités et de les empêcher de récidiver.

L’idée d’un accord de repentance franco-algérien est parfaitement irréaliste, les tortionnaires du FLN étant considérés comme des héros de la guerre de libération, et l’emploi de la torture étant encore courant dans l’Algérie actuelle. Si certains documents joints ne sont pas à mettre entre toutes les mains, on peut cependant rappeler ce qu’a été la montée de la violence au cours de la guerre d’Algérie.

Au cours des années 1955-1956, le FLN s’est employé à répandre la terreur dans les campagnes et dans les villes, en éliminant les élus et les musulmans favorables à la France, et en punissant les fumeurs. Ils n’ont pas besoin de torturer leurs victimes, car les égorgements et les mutilations faciales ont pour résultat de terroriser la population. En septembre 1955, des centaines de mutilations (nez, lèvres et oreilles coupés) sont constatées par la Société médicale des hôpitaux d’Alger. D’octobre à décembre, quatre musulmans sont égorgés chaque jour, chiffre porté à seize en juillet 1956. Au début de 1956, le chef kabyle Amirouche massacre le village de Ioun Dagen, qui avait demandé des armes à la France (490 morts au moins). Plus de 16 000 musulmans furent ainsi éliminés (plus 15 000 disparus) de novembre 1954 à mars 1962.

Le 20 août 1955, le chef rebelle du Nord constantinois, Zirout Youssef, organise l’attaque d’une vingtaine de villages européens, en vue de rallier la population « qui ne suit pas la révolution » (sic). 123 personnes sont massacrées dans des conditions horribles, en particulier à la mine d’El Halia et au village d’Ain Abid (femmes éventrées, enfants fracassés contre les murs). « Une vraie boucherie » selon Amar Hamdani, « une entreprise de fanatiques » pour Abane Ramdane, le chef FLN, qui refuse cependant de la condamner publiquement. Ce massacre est en fait le déclenchement de la guerre, il entraîne une répression violente (1 200 tués et non 12 000 comme le prétend le FLN) et le contre-terrorisme des Européens. Venu sur place, Soustelle abandonne ses projets de négociation avec les nationalistes. « C’est la guerre, il faut la faire.»

En février 1956, huit Européens sont tués au col de Sakamody et des familles de colons massacrées au pied de l’Atlas blidéen. Le 28 mai 1957, 301 hommes des Beni Ilmane, arabes et messalistes, qui envisageaient de se rallier à l’armée française, sont massacrés par les hommes de la wilaya 3 de Mohammedi Saïd (ancien de la Wehrmacht). A l’opposition de nature politique s’ajoute la confrontation ethnique.

En 1957 et 1958, le colonel Amirouche, chef de la wilaya 3, charge Mahiouz, dit “Hacène la Torture”, d’éliminer les intellectuels et citadins accusés faussement de trahison (bleuïte). Des supplices inhumains leur sont infligés pour l’exemple. Environ 2 000 djounoud (6 000 selon Mohamed Yahiaoui) sont ainsi suppliciés jusqu’à la mort. Cinq charniers de quarante à cinquante cadavres sont découverts dans
l’Akfadou.

Dès le cessez-le-feu du 19 mars 1962, des supplétifs et des musulmans fidèles à la France sont massacrés dans le bled. Le massacre s’amplifie au cours des mois de juillet à septembre : plus de 60 000 ex-harkis sont alors soumis à des supplices sauvages, où il s’agit, avec un raffinement de cruauté, de les faire mourir deux fois. Le témoignage de M. Robert, sous-préfet d’Akbou, décrit de façon précise ce retour à la barbarie.
Aline Fauvarque

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