Laibach, ces Slovènes iconoclastes qui chantent en allemand

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Le groupe slovène de musique industrielle Laibach, symbole dans les années 1980 de la contestation du régime communiste yougoslave, continue de provoquer avec un usage délibérément ambigu des symboles nationaux et politiques qui lui a valu une renommée mondiale.

Son dernier album s’intitule “Volk” (“peuple”, en allemand) et présente un troupeau de moutons. Son chanteur, un géant chauve à la voix caverneuse, apparaît sur scène en uniforme, entouré de deux percussionnistes aux allures de walkyries. Mais Laibach se défend de tout attrait pour le totalitarisme.

“Nous cherchons simplement à rappeler que tout art sert une idéologie, que ce soit l’art communiste, l’art nazi, ou l’art commercial dicté par le marché”, souligne Ivan Novak, l’une des têtes pensantes du groupe.

“La provocation est dans l’essence de la pop, y compris chez Madonna. Nous poussons simplement le jeu un peu plus loin. Nous cherchons à susciter un débat, sinon l’art n’a pas de sens”, ajoute-t-il en évoquant les audaces du compositeur américain John Cage ou du plasticien français Marcel Duchamp.

Une pratique forgée dès la naissance du groupe en 1980, dans la Yougoslavie de Tito, et marquée d’entrée par le choix subversif du nom Laibach, appellation de l’actuelle capitale slovène Ljubljana sous l’empire austro-hongrois et l’occupation nazie.
Cofondateur en 1984 du collectif Neue Slowenische Kunst, à l’avant-garde des mouvements artistiques à l’Est, Laibach entreprend immédiatement de détourner les canons titistes pour les renvoyer dos-à-dos avec la symbolique du IIIe Reich. Ces agissements conduisent à une interdiction temporaire du groupe et à l’incarcération de certains de ses membres.

Clou de cette campagne de subversion: en 1986, ses graphistes parviennent à remporter un concours national d’affiches pour la paix en remplaçant simplement l’aigle d’une affiche nazie par une colombe.
“Laibach a eu une dimension artistique et politique majeure dans la Yougoslavie de l’époque,”, souligne le musicien français Bertrand Burgalat, producteur du groupe à la fin des années 1980.

Pour Ivan Novak, “Laibach était un des nombreux symptômes de la chute de la Yougoslavie. Mais nous espérions tous intimement que cela n’arriverait pas avec son inévitable cortège de massacres”.

Au cours des années 1990, Laibach se produit aussi bien dans Sarajevo assiégée qu’à … Belgrade.
Signé dès les années 1980 par le prestigieux label post-punk anglais Mute — celui de Depeche Mode — Laibach revisite de la même façon la culture pop. Ainsi, le groupe reprend l’intégralité de l’album “Let it be” des Beatles et livre des versions martiales et en allemand des tubes “Live is life” des Autrichiens Opus, ou “One Vision” de Queen.
“Il est intéressant de montrer la dimension que prennent des paroles comme “une race, une chair, un sang” ou “un homme, un but, une mission” une fois prononcées en allemand”, souligne Ivan Novak en référence à cette chanson.

Pour Bertrand Burgalat, “Laibach a été le premier à montrer que la pop pouvait être un instrument d’oppression. Ses membres ont toujours réussi à brouiller les pistes avec une maîtrise, un pince-sans-rire qui fait qu’ils sont pris au sérieux”.
L’ambiguité assumée du groupe lui valut un temps d’être catalogué d’extrême-droite et privé de concerts dans certains pays comme la France, où il sera à nouveau à l’affiche en mars prochain.
Mais, en concert, lors de l’interprétation de l’album “Volk”, qui détourne une dizaine d’hymnes nationaux, Laibach arbore les drapeaux israélien et palestinien. “Nous sommes un miroir où chacun projette ses propres fantasmes”, souligne en souriant Ivan Novak.

Tout en étant le produit slovène le plus connu au monde, avec plus d’un million d’albums vendus, Laibach ne figure pas au programme des festivités de la présidence slovène de l’Union européenne au premier semestre 2008. “Nous devons être jugés trop imprévisibles”, s’amuse Ivan Novak.

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