Faute de véritable projet alternatif, la gauche mise sur la mobilisation de ses clientèles pour limiter la casse aux législatives. A l’instar de Martine Billard, candidate des Verts soutenue par le PS dans la 1ère circonscription de Paris, qui compte sur le soutien des activistes gay du Marais.
Pas sûr que cela suffise à sauver les meubles.
On le sait, les Verts s’attendent au pire avec les prochaines élections législatives. Surtout à Paris où, en 2002, ont été élus deux de leurs trois députés (Martine Billard et Yves Cochet, le troisième étant Noël Mamère en Gironde) avec le soutien du PS.
Réduits à la portion congrue électorale à l’élection présidentielle (1,53% des voix pour Dominique Voynet), décrédibilisés localement par les outrances et les nuisances de leurs expérimentations en matière de circulation (financées grâce aux droits de mutation encaissés par la Ville de Paris grâce à la spéculation immobilière qu’ils dénoncent par ailleurs…), les Verts craignent une nouvelle déroute aux législatives.
Faute d’être capables de développer le projet d’une écologie politique crédible, les Verts en sont réduits à la bonne vieille recette du clientélisme pour susciter des suffrages en leur faveur. En témoigne par exemple la réunion organisée le 28 mai dernier par Martine Billard dans un bar du Marais pour faire adouber sa candidature par la frange la plus extrémiste du mouvement gay (des anciens d’Act Up, des militants radicaux de l’adoption ou de la mise en place d’un différentialisme gay, les organisateurs du “mariage gay” de Bègles). “Pour nous, c’est elle” dit le tract qui appelle “les LGBT” (sigle quelque peu barbare qui désigne les citoyens se reconnaissant dans une “minorité sexuelle”) à voter pour Martine Billard. Un bel exemple de réduction des arrondissements du coeur de Paris à leur dimension homosexuelle…
Mais, comme sur l’écologie, les Verts -et plus généralement, la gauche- sont mis en échec sur la question homosexuelle. Au cours des dernières années, la droite a non seulement fait amende honorable de son opposition frontale au pacs, mais elle a aussi mis en oeuvre nombre des réformes promises par la gauche à ses “LGBT”. Ce fut le cas par exemple avec le vote de la loi anti-homophobie par le gouvernement Raffarin ou encore la décision prise par Nicolas Sarkozy, alors ministre des finances, de mettre sur le même plan le pacs et le mariage en matière d’avantage fiscaux.
Sur le plan des principes, ce revirement de la droite est critiquable : on peut ainsi s’inquiéter -comme l’a fait la Commission des Droits de l’Homme- du danger pour la liberté d’expression que porte en elle la loi anti-homophobie tout comme on peut s’étonner tandis que l’Etat donne aux pacsés les mêmes droits qu’aux mariés sans exiger d’eux les mêmes devoirs. Mais, sur le plan de la tactique politicienne, la droite s’est montrée habile. Elle a en effet chipé à la gauche sa panoplie pro-gay qui lui permettait de simuler le progressisme sur un terrain autrement plus commode que celui des questions de logement ou d’emploi où les partis de gauche n’ont guère brillé par la pertinence de leurs propositions.
Parallèlement à l’évolution de la droite, la gauche suscitait le trouble parmi les citoyens homosexuels avec le mariage de Bègles par Noël Mamère. En bravant la loi républicaine pour marier deux individus pour le moins louches, les Verts ont réquisitionné l’ensemble des homosexuels dans une douteuse campagne conjuguant la “désobéissance civile” avec une hypocrite apologie du mariage. En se radicalisant autour de sujets qui divisaient les homosexuels eux-même, l’activisme gay s’est marginalisé, réduisant de fait son emprise sur la société.
C’est dans cette perspective qu’il faut considérer la tentative pathétique de Martine Billard de rebondir en s’appuyant sur l’activisme gay. Les militants radicaux qui lui ont exprimé son soutien représentent une minorité, celle qui considèrent les homosexuels, non pas comme des citoyens comme les autres, et donc avant tout préoccupés comme tous les Parisiens par le logement, le chômage et les transports, mais comme une catégorie à part à laquelle il faut faire des promesses spécifiques.
L’activisme gay s’essouffle et n’est pas en mesure d’apporter à ceux qui en avaient fait leur fonds de commerce le bol d’air qu’ils recherchent désespérément. Si la gauche en prend conscience, elle se remettra peut-être au travail pour concevoir un projet susceptible de convaincre non pas telle ou telle minorité mais la majorité des citoyens. On en est loin !
Source : Le Perroquet libéré.


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