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AMI France: En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire (G. Orwell)


La charité sous le meilleur angle des caméras

December 29th, 2006 · Commenter (Pas de commentaire)

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Chronique hebdomadaire de Philippe Randa, écrivain (www.philipperanda.com) et éditeur (www.dualpha.com)

Le 4 janvier dernier, ma première chronique de l’année 2006 était consacrée aux SDF : la dernière va l’être aussi. Un an après, par la même température en-dessous de zéro, les misérables font toujours l’actualité.

Petite différence toutefois, élection présidentielle oblige : les « politiques » sont davantage présents : le maire de Paris, Bertrand Delanoë, signe une charte rédigée par la très médiatique association des Enfants de Don Quichotte. Ça n’engage à rien et ça fait toujours bien.

À ses heures avocat israélien et garde-frontière en rollers – à moins que ce soit le contraire – et le reste du temps chargé de mission du Ministre de l’Intérieur, Arno Klarsfeld s’empresse aussitôt de déclarer pour sa part que cette Charte va « dans le sens de ce qu’a proposé Sarkozy ». Ça n’engage pas davantage et ça fait tout aussi bien.

Rappelons tout de même que le propre de Don Quichotte, sympathique agité du bocal, est quand même de confondre des moulins à vent avec de terribles ennemis qu’il entend pourfendre, lance en avant et Sancho Panza à la traîne. Mais, dans sa folie, il est incontestable que les buts du plus célèbre des hidalgos sont parfaitement nobles. Qui oserait douter que ceux de l’association éponyme le soient aussi et qu’une solution soit trouvée, enfin !, au drame de nos malheureux concitoyens ?

Une solution et pas la naissance d’une institution qui soit quelque chose comme le pendant « immobilier » des Restos du cœur.
Voilà vingt-deux ans désormais que des citoyens, pas tous bénévoles (l’association compte une centaine de salariés, une vraie petite PME), nourrissent des cohortes de pauvres, chaque année plus nombreux et pour certains pas si nécessiteux qu’ils veulent bien le montrer.

Ce qui n’aurait du être qu’une action aussi généreuse que ponctuelle – attirer l’attention des Pouvoirs publics sur le drame d’une nouvelle pauvreté qu’ils se refusaient à voir – s’est institutionnalisée. Les « Restos du cœur » font désormais partis de notre décor hivernal. Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, s’en sont fort bien accommodés. Loin d’en être honteux, les ministres s’en servent même pour se faire voir et valoir, comme le premier saltimbanque en mal de publicité venu.

Pour entériner, si ce n’est encourager la pérennité de la chose, une « loi Coluche » vous permet même de compenser fiscalement vos élans de générosité, comme l’indique très clairement le site www.restosducœur.com : « Pour les sommes versées en 2006 (à déclarer en 2007), vous pouvez désormais bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu correspondant à 75 % de votre don, avec un plafond de 479 euros. Au-delà, et dans la limite de 20 % de vos revenus imposables, la déduction est encore de 66 %. Si vous dépassez cette limite, l’excédent vous donnera droit à un crédit d’impôt sur les cinq années suivantes. Menacé durant cinq mois par le vote de la loi sur le mécénat en août 2003, cet avantage fiscal a été conforté et renforcé par les votes unanimes de l’Assemblée Nationale et du Sénat, faisant suite à une forte mobilisation des Restos du Cœur. Comme le répondait Coluche à certains qui s’inquiétaient qu’il leur fasse de l’ombre : “Mais non ! Je vais vous faire du soleil !” »… et un gros coup de pub, au passage !

Rappelons quand même qu’avant les Restos du Cœur, des associations se préoccupaient déjà des malheureux (Armée du salut, Secours catholique, Croix Rouge, Secours populaire, etc.)… et la crise du logement avait déjà connu son héraut, un certain hiver 53/54 : l’Abbé Pierre ; s’en étaient suivis les centres Emmaüs qui ne semblent pas avoir fait un trop mauvais travail…

Quel besoin a-t-on de créer des associations supplémentaires, sinon pour obtenir quelques places sonnantes et trébuchantes ou profiter de quelques projecteurs toujours si prisés ?

Toutes les anciennes associations dont la pérennité prouve qu’elles ont pourtant fait leurs preuves, ont sans doute un côté trop ringard aux yeux de nos saltimbanques et de nos politiciens pour qu’ils puissent y épancher avec toute la puissance de leurs convictions leur trop-plein de bons sentiments médiatico-humanitaires. La charité ne semble se concevoir pour certains que sous le meilleur angle des caméras.



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