Avec une régularité de métronome, Thomas Serafin ou ses cyber-détectives scrutent le site eBay. Ils ne sont pas à la recherche d’une bonne affaire et ne déposent jamais une enchère. Leur objectif? Mener une croisade contre la vente de reliques religieuses.
“On peut trouver des fragments d’os censés appartenir à Sainte Augustine et vendus sur Internet aux côtés de colifichets et antiquités. Il y a quelque chose qui ne va là-dedans”, explique Thomas Serafin, photographe professionnel basé à Los Angeles. Ce catholique mène campagne depuis la fin des années 1990 pour empêcher la vente de reliques qui auraient appartenu à des saints.
Le mois dernier, son organisation, la Croisade internationale pour les saintes reliques (International Crusade for Holy Relics, ICHR), a ouvert un nouveau front: l’appel au boycott du site de vente aux enchères eBay. L’objectif est de faire en sorte que la société californienne applique fermement son interdiction de vendre aux enchères des restes humains.
Selon Hani Durzy, porte-parole d’eBay, la société est “prête à reprendre les discussions” avec l’organisation. De précédents pourparlers avaient échoué il y a un an. “En ce qui concerne le boycott, eh bien, nous n’avons pas réellement observé d’impact à proprement parler. Nous ne savons pas s’il est même encore en place”.
Mais Thomas Serafin insiste sur l’importance des symboles. “Oui, ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Mais nous voulons nous faire remarquer. Ils prennent la même position que Judas. Ils vendent l’église”, a souligné le président de l’ICHR.
L’intérêt pour le patrimoine religieux de tout type, des icônes aux vitraux, a grimpé ces dernières années, notamment avec le succès du best-seller “Da Vinci Code” et des expositions consacrées à la spiritualité. Dans le même temps, des objets religieux ont fait leur apparition sur le marché des antiquaires après la fermeture d’églises.
Des dizaines d’objets religieux sont en vente sur eBay. La plupart sont des babioles ordinaires, comme des icônes, médailles ou images pieuses. Mais Thomas Serafin affirme que les ossements, chair, cheveux, ongles et autre fragments humains représentent parfois jusqu’à 40% des ventes religieuses proposées sur eBay. Pour lui, la vente de telles reliques est profondément choquante pour les croyants.
Et puis il y a les risques inhérents à toute vente de ce type. Une documentation claire est rarement fournie et les contrefaçons sont aussi vieilles que la foi… Ainsi, récemment, “l’air” que respirait le Christ, une aile du Saint-Esprit et “la main” de Saint Stéphane ont notamment été mis aux enchères.
La plupart des églises, notamment catholique et orthodoxe, interdisent la vente de tout objet qui serait en réalité des restes humains. Sur la liste des articles interdits d’eBay figurent les biens nazis, les armes à feu, les munitions et les “restes humains”. Hani Durzy affirme que plus de 2.000 employés du site sont affectés à la suppression d’objets prohibés mais observe que c’est un véritable défi avec sept millions de nouvelles ventes proposées chaque jour.
En outre, les vendeurs ne rendent pas les choses faciles. Beaucoup expliquent désormais que le récipient est à vendre, mais que son contenu, la relique présumée, est un “cadeau”.
“Nous voulons simplement les mêmes règles que celles qui s’appliquent aux armes, aux objets nazis et aux ossements des Indiens d’Amérique”, explique Thomas Serafin, dont l’organisation regroupe environ 200 membres de par le monde, d’un archevêque orthodoxe russe à des prêtres catholiques, en passant par des laïcs.
Sur l’ensemble des fuseaux horaires, ils tentent en permanence de surveiller le site à la recherche de toute vente louche. Et ils bombardent de courriels eBay et le vendeur, souvent identifié sous un simple pseudonyme et une adresse e-mail, pour exiger le retrait de l’article en question. Un processus parfois vain. Fin octobre, malgré leurs protestations, une relique “ex ossibus” de Saint Jean Vianney, patron des prêtres de paroisse, a été vendue 565 dollars (438 euros), après une mise à prix de 25 dollars (19 euros).
Source : Associated press.


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