L’article qui suit est paru le jeudi 28 décembre 2006 dans le quotidien beyrouthin L’Orient-Le Jours (il es signé Scarlett Haddad). Il montre que, contrairement aux tenants du choc des civilisations, on n’assiste pas au Liban à un affrontement musulman/chrétiens mais à une opposition inter-libanaise entre pro et anti-Israël et USA. Chaque camp étant composé de musulmans et de chrétiens (il semble même bien que la majorité des chrétiens soit dans le camp des anti-Israël et USA).
La cohabitation des deux extrêmes au centre-ville, le début d’un processus d’unité, Au-delà des enjeux politiques, un véritable phénomène social est né dans la rue
Le spectacle est quasiment inimaginable. Des dizaines de familles chiites qui se pressent devant le gigantesque sapin de Noël et qui se familiarisent avec les personnages de la crèche, répondant avec complaisance aux questions des journalistes sur les us et coutumes chrétiens en cette période de fête. De leur côté, les chrétiens font assaut d’amabilités avec les chiites, les sunnites et les druzes à la veille de la fête de l’Adha, en faisant le tour des tentes et en distribuant des vœux, parfois maladroits mais toujours sincères. Les commentaires ont beau être moqueurs, ironiques ou dithyrambiques, selon les sympathies politiques, ce qui est sûr, c’est que quelque chose a changé au pays du Cèdre.
En dépit de l’atmosphère plus que lourde qui règne sur le plan politique et de l’impasse dans laquelle semble se débattre le pays, un phénomène important est en train de se dérouler, sur le terrain, sous les yeux blasés des observateurs.
Une fois de plus, le Liban donne la preuve qu’il reste un pays pionnier. La rue est sans doute une expérience déjà tentée et testée dans tous les coins de la planète, mais jamais elle n’a donné lieu à un véritable phénomène comme au Liban.
L’idée avait commencé à faire son chemin après l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005. Les Libanais sont alors spontanément descendus dans la rue pour exprimer leur colère et leur chagrin. Ce fut le premier élan de réconciliation populaire, et à ce moment-là, sous le coup de l’émotion, nul ne cherchait à comptabiliser les chrétiens et les musulmans. Cet élan a atteint son paroxysme avec la manifestation gigantesque du 14 mars 2005, à laquelle les chrétiens (à leur tête le CPL), les musulmans et les druzes ont participé en masse. Mais lorsqu’il s’est agi de s’installer dans la durée, les incidents se sont multipliés entre les occupants des tentes de l’époque, car, il faut le reconnaître aujourd’hui, avec le recul, la réconciliation était alors plus politique que populaire et sociale.
Un nouvel exemple
Depuis le 1er décembre 2006, les forces de l’opposition donnent un nouvel exemple de l’occupation de la rue, qui va au-delà des questions politiques. D’ailleurs, de nombreux observateurs avaient parié sur l’incapacité de deux groupes sociaux aussi différents à cohabiter dans le centre-ville dans des tentes très proches. Certains commentaires avaient même ironisé sur l’impossible voisinage entre Téhéran et Kiev. Et pourtant !
Depuis le début du sit-in de l’opposition, deux univers, deux modes de vie se sont découverts et ont fraternisé. Les jeunes du Courant aouniste sont d’ailleurs ébahis de l’ouverture dont font preuve ceux du Hezbollah et du mouvement Amal et surtout de la curiosité affectueuse qu’ils manifestent à l’égard des chrétiens. « Ils veulent tout savoir et ils sont pleins de tact, à la fois timides et concernés », raconte Joëlle. Elle ajoute : « Nous discutons beaucoup et ils nous disent aujourd’hui qu’ils nous prenaient pour des jeunes égoïstes, sans engagement, uniquement soucieux de singer l’Occident. Alors que nous, nous les considérions comme des jeunes bornés, fermés, voulant imposer une vision austère de la vie. »
Certes, le processus de rapprochement et de découverte mutuelle avait commencé pendant la guerre de juillet, lorsque les jeunes du CPL avaient accueilli les déplacés chiites du Sud, de la Békaa et de la banlieue sud, mais aujourd’hui, les jeunes se côtoient sans plus faire d’efforts, s’acceptant avec naturel. Si les responsables, à leur tête le général Michel Aoun, mais aussi Hassan Nasrallah, Nabih Berry et Sleimane Frangié, ont donné des instructions strictes à leurs partisans, ceux-ci n’en ont plus besoin pour comprendre l’autre et l’accepter. Le général Aoun a sans doute eu le mérite d’avoir été l’initiateur de ce vaste mouvement, mais aujourd’hui, celui-ci s’est ancré dans la vie des manifestants, transformant un sit-in prolongé en phénomène social, qui fait boule de neige.
Au-delà des enjeux politiques, ce sont deux mondes qui se sont croisés et ont appris à se connaître et à se comprendre. Et, ce qui devait constituer un moyen de pression politique s’est transformé en réalité sociologique.
Quelle que soit l’issue du bras de fer politique qui se joue aujourd’hui entre la majorité et l’opposition, nul ne pourra désormais changer l’évolution des relations entre les chiites et les chrétiens, ainsi qu’entre les autres franges de la population participant au sit-in dans le centre-ville. Et si les tendances les plus extrêmes de la mosaïque sociale libanaise ont réussi à cohabiter depuis des semaines en harmonie, c’est qu’il y a encore beaucoup d’espoir pour le Liban. Lorsque les bonnes volontés existent, le respect, la tolérance et l’unité sont donc au rendez-vous. C’est peut-être cela le miracle libanais.


1 response so far ↓
1 maroun // Sep 21, 2008 at 9:14
votre article est tres motivant par contre vous avez oublie certaines realites de la societe libanaise:
1-tout les libanais n ont pas la meme ideologie
religieuse,politique,sociale,etc.
2-en plus tout les chretiens ou musulmans ne
partagent pas l avis de leurs represantants
civils ou religieux.
3-le sit-in phenomenale que vous voyez n etait
qu une parade de pouvoir et qui peut amener
plus de monde afin de bien partager le gateau
4-au moment du decompte chaque religion va
reclamer les droits acquis sans recul.
5-les chiites veulent le pouvoir par majorite
les chretiens veulent proteger la presidence,
et les alliances eronees ont commances.
6-le general a affebli les chretiens pour devenir
president,et nasrallah a vendu le liban pour
la syrie et l iran.
7-les autres ont commances a manifester par
revendication ,et aoun et nasrallah sont partis
avec leurs plans.
8-pour conclure un vrai miracle au liban sera
le jour ou le liban aura une nouvelle generation
qui imposera la societe civile avec le droit de
pratiquer sa religion chez lui ou dans les lieux
de culte,une societe ou tout les citoyens sont
egal ,et les postes seront repartis par compe-
tance et par confession,une societe dans
laquelle une seule doctrine gouverne et non
plusieurs(le choix de se marier devant un cure
ou un imam ou un juge),c est la doctrine du
regime civil dont chaque citoyen a un numero
unique qui lui permet d exercer ses droits et
acquiter ses obligations envers son pays.
finalement pour imposer un tel regime avec une pareille mentalite de citoyen ou chaqu un a un droit different de l autre il faut que l armee
libanaise prenne en charge l execussion de pouvoir sous un regime militaire pendant vingt
cinq ans afin de permettre a une autre generation de grandir avec l esprit de patriotisme et non l individualisme.
vive le liban libre
vive les esprits ouvert
vive ceux qui croient en dieu tout puissant
ensemble tout les libanais nous arriverons.
n.b.:je suis croyant et pratiquant mais je respecte les autres,j ai quitte le liban avec ma famille a cause de la guerre et mon retour a mon pays natal ne sera que si le liban deviendra de nouveau la reference du monde entier en paix
et civilisation,et je pense que c est le reve de tout les immigrants libanais a travers le monde.
merci
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