Un rapport parlementaire publié mardi sur un pesticide utilisé dans les Antilles françaises illustre le débat entre défenseurs de l’agriculture intensive et écologistes sur la toxicité de ces substances et les intérêts économiques entourant leur commercialisation.
La substance, le chlordécone, a été commercialisée légalement en France entre 1981 et 1990 sous le nom de curlone alors qu’elle était déjà interdite aux Etats-Unis depuis 1976. Destinée à combattre un insecte amateur de bananes, le charançon, elle a été utilisée de ce fait uniquement dans les plantations de Martinique et de Guadeloupe.
Son utilisation a été prorogée de manière “regrettable” jusqu’au 30 septembre 1993 à la suite de deux dérogations accordées en mars 1992 et février 1993, alors que des traitements de substitution existaient déjà, souligne le rapport, en mettant indirectement en cause les deux
ministres de l’Agriculture de l’époque, Louis Mermaz (PS) et Jean-Pierre Soisson (UMP actuellement).
Le document est le fruit d’une mission d’information créée en octobre 2004 à la demande des députés des Antilles et présidée par l’un
d’entre eux, Philippe Edmond-Mariette (Martinique, non-inscrit).
Les parlementaires se sont mobilisés après la découverte de traces de curlone dans l’eau potable en 1999 et, trois ans plus tard, dans des
cultures constituant la base de l’alimentation antillaise (dachine et igname). En 2002 des stocks non détruits du produit avaient été
découverts aux Antilles et une tonne et demie de patates douces contaminées au curlone était saisie à Dunkerque (Nord).
Entre-temps l’eau est parfaitement potable dans les deux îles, des traitements ayant été mis en place sur les sources contaminées, a martelé devant la presse M. Edmond-Mariette.
Les impacts sanitaires du pesticide ne sont pas encore avérés, indique le rapport. Cinq études épidémiologiques, escomptées au plus tard en
2007, sont en cours pour les évaluer. Elles permettront de fixer des limites maximales de résidus admissibles.
Des impacts du pesticide découverts chez les rats (cancers de la prostate, diminution de la fertilité notamment) “ne sont pas directement transposables à l’homme”, a expliqué M. Edmond-Mariette aux journalistes.
Le chlordécone est depuis peu inscrit sur la liste des polluants organiques persistants, pouvant contaminer les sols pendant des siècles et s’accumulant dans la chaîne alimentaire, qui ont été interdits par la Convention de Stockholm (2001).
Il justifie l’application du principe de précaution, relève le rapport.
Les agriculteurs seront de toute façon confrontés pendant des lustres à la présence de curlone dans leur production. Ils devront au minimum
faire analyser leur production avant toute mise sur le marché, voire abandonner dans certains cas la mise en culture, souligne le rapport
en demandant “des mesures de solidarité nationale” pour les intéressés.
Il y a eu et il y a des “enjeux économiques” dans ce dossier mais “ils ne doivent pas prendre le pas sur la santé de nos populations”, a observé M. Edmond-Mariette.
La France est le troisième consommateur de pesticides au monde après les Etats-Unis et le Japon et le premier consommateur européen (83.500
tonnes/an) de substances actives, les usages agricoles représentant 90%, rappelle le rapport.
Source : http://fr.news.yahoo.com/050712/202/4i04m.html


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