La vie politique en général et la famille nationale en particulier, à l’échelon local ou national, voient passer une multitude d’individus qui inopportunément se pensent « chef » qui ambitionnent de le devenir quand ils ne franchissent pas spontanément le seuil de l’autonomination claironnante.
Le « fluide d’autorité »
Or, un pays ne produit que peu d’hommes qui portent en eux les qualités naturelles du chef, ce « fluide d’autorité » qui est aux hommes de commandement ce que le charme est au séducteur. Ils n’ont pas besoin de s’autoproclamer. Car, être chef, cela ne se décrète pas. Tout au contraire, être obligé de se prévaloir du titre, de le crier sur tous les toits, c’est déjà le signe que cette grâce fait défaut.
Etre chef c’est avant tout une éthique, une vision supérieure, la capacité à hiérarchiser des priorités et, au quotidien, un discernement particulier sur l’enchaînement irrévocable des événements. La faculté de réflexion exige une nécessaire aptitude à la synthèse. Elle se double généralement d’une capacité d’adaptation. C’est cette intelligence si singulière qui permet, à côté de la rationalité, de faire place à l’instinct, qualité dont la nature a doté les êtres vivants pour leur survie.
Lorsque le chef s’assoie, le soldat se couche.
Les grands chefs de guerre savent par expérience que la plus grande difficulté dans l’action est de savoir ordonner. Cela écarte ceux qui masquent leur incapacité à organiser dans l’illusion de l’activité ou croient devoir s’agiter au lieu de décider. Le chef fixe le point d’arrivée mais connait aussi le chemin. Il personnifie le but, il marche en tête sur la route. Celui qui ponctue tout son discours de «il faut se méfier» trahit fondamentalement la peur qui l’habite de faire face aux risques. La pusillanimité qui contrarie l’indispensable obligation de délégation des tâches paralyse l’organisation. Le commandement se fonde sur la confiance réciproque, non sur la paranoïa. Que le chef doute, qu’il tâtonne, qu’il hésite et c’est toute sa crédibilité qui est affectée et son autorité qui vacille. Qu’il se perde dans les détails et le subalterne, et il omet l’essentiel qui fait perdre les batailles.
L’alchimie de l’autorité
L’autorité n’est pas l’autoritarisme mais l’affirmation naturelle d’une juste volonté. Et l’expression de cette autorité va de pair avec la fermeté dès lors qu’elle s’impose. Sauf à n’exercer qu’une autorité superficielle, le chef doit avoir prise sur les âmes de ceux qui le suivent ; l’obéissance ne peut pas, en effet, être impersonnelle. Il lui revient d’enchanter le sens du combat par « une suggestion morale qui » comme le disait le général de Gaulle « dépasse le raisonnement ». L’estime que les subordonnés portent au chef est proportionnelle à la sécurité qu’il leur assure. Le lien qui naît entre eux est alors de nature affective et cette affection génère une confiance quasi fusionnelle.
Commander c’est s’élever
Dans le combat qui est le nôtre où seul compte l’intérêt national, le chef doit se plier à une austère simplicité qui lui fera mépriser les honneurs, la recherche de titres ou la jouissance d’un bien être individuel. Rien n’est plus absurde que de confondre l’autorité et ses attributs. Et parce que nous sommes en guerre contre un monde fondé sur l’hédonisme et l’individu roi, son ascétisme personnel et sa capacité à l’effort auront valeur d’exemple en excluant, pour tous, la confusion entre le bonheur et le plaisir.
Le chef se grandit et grandit ceux qui le suivent en réclamant moins de plaintes et plus d’efforts, en rabrouant ceux qui geignent et en appuyant ceux qui combattent. Il sait discerner ceux qui prospèrent sur des illusions entretenues de ceux qui servent la cause avec loyauté et dévouement, ceux qui ne « déméritent pas » sans résultats probants de ceux qui construisent dans l’effort et qui réussissent dans le silence. En bref, il écarte ceux qui se montrent et promeut ceux qui font. Alors que la politique privilégie les contorsions et les feintes, notre engagement de nature révolutionnaire doit, s’il veut triompher, se nourrir d’impératifs, d’exigences personnelles et d’une culture du résultat.
Savoir se sacrifier à l’intérêt supérieur
On ne commande pas avec ses pulsions humaines comme moteur, des calculs labyrinthiques minables comme tactique, ou des visées malsaines de copinage comme mode de gestion. Un chef ne peut donner le sentiment de se comporter avec certains comme avec des comparses et avec les autres comme des domestiques. S’il le fait, il prend le risque de ne plus être obéi car comme le rappelait Antoine Rivarol « quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir ». Rien n’est plus répulsif pour un commandement que l’injustice ou le sentiment d’injustice. Il n’y a pas d’autorité -même contrainte- sans prestige du chef, et pas de prestige sans hauteur d’attitude. Cette exigence éthique nécessite parfois de sacrifier aux impératifs supérieurs des familiarités légitimes. Celui qui n’est pas prêt à cela, peut toujours aller cueillir des fleurs.
Ce sont ces exigences qui faisaient dire à Bonaparte enfermé dans la solitude du chef à propos d’un monument: « C’est triste comme la grandeur ! ».
Finalement, le seul bénéfice que tirera le chef de son action ce sera l’orgueil intérieur d’avoir servi.



12 responses so far ↓
1 CHP // Oct 8, 2008 at 8:33
innapplicable en cette fin d’un monde répugnant
2 Paraga // Oct 8, 2008 at 11:57
Très bon texte qui permet de faire le point sur une mentalité pathologique du milieu : l’envie d’être chef…et cela vise les Mégret, Touzé, les chefs de la NDP, de NDR du MNR, les rivaux du FN, et même au sein du FN ceux qui rêvent d’être conseiller régional, responsable de circonscription, etc…
Tout ceux qui ont la grosse tête mais pas les capacités.
J’en ai croisé des mecs qui voulaient être calife, des envieux, des jaloux, etc…
Des ambitieux.
Pour ma part, je dois avouer que je n’ai jamais voulu être chef en 25 ans de militantisme dans la mouvance nationale : et pourtant, j’ai plus de diplômes que beaucoup (Docteur + sciences Po, une très bonne situation, une bonne gueule, je suis sympa, officier de réserve, etc…mes copains sont députés ou même certains ministres…et pourtant je n’ai jamais rien revendiqué au FN. J’ai juste été responsable de canton entre 92 et 95 !!!
Le problème est que tout ces petits chefs qui se la jouent font fuir les gens qui ont des vrais capacités, qui ont des diplômes, de l’argent, des réseaux.
Lorsque vous voyez Touzé (c’est en exemple mais je pourrai citer d’autres noms) qui montent des groupuscules tout les 6 mois (sauf depuis la NDP où c’est désormais tous les 3 mois) uniquement pour assouvir ses ambitions, un sympathisant national normal, qui a un bon job, qui a fait Centrale ou l’X, qui est médecin ou avocat, n’a absolument pas envie de nous rejoindre.
3 Palingenesis // Oct 8, 2008 at 4:11
Bon texte, mais moi je résumerais plus simplement les choses : l’honneur, la responsabilité, le dévouement, le sacrifice…
C’est ceux qui en parlent le plus qui en font le moins.
Dans “la droite nationale” certains ont une attitude qui illustre trop souvent la doctrine Mac Cain. Pas l’autre fanatique républicain, mais celle des frites…
4 Pascale // Oct 8, 2008 at 4:47
Paraga, je ne vois pas bien ce qui pourrait attirer au FN quelqu’un “qui a un bon job, qui a fait Centrale ou l’X”, alors que ce parti emploie de plus en plus une dialectique marxiste (voir le dernier tract édité par le Front national par exemple). Il n’y a pas que les ambitions démesurées de certains qui repoussent “les gens qui ont des vrais capacités, qui ont des diplômes, de l’argent, des réseaux”, il y aussi son discours économique qui dépasse l’entendement.
5 Thor // Oct 8, 2008 at 6:04
Le principe du chef, ou Führerprinzip, a montré par le passé sa profonde nocivité, même avec des chefs capables d’arriver au pouvoir, ce qui n’est le cas d’aucun chefaillon de la droite nationale française passée ou présente. Et probablement future.
Aujourd’hui, que la droite nationale en soit à ne plus avoir comme solution que Marine Le Pen en dit d’ailleurs long. Sa promotion n’est due qu’à l’absence d’alternative crédible. Mégret s’est ridiculisé, et les autres ce n’est pas mieux, à l’instar de Gollnisch.
La mise en avant de Marine Le Pen est donc par défaut. C’est la moins bonne raison. Vu qui l’attaque, elle devient forcément plus sympathique, mais ce n’est pas pour autant qu’elle est réellement apte à diriger un parti et surtout à l’orienter dans le bon sens d’un point de vue idéologique. L’erreur Mégret est un bel exemple des dangers de l’emballement sur un tel ou un tel.
6 dirk // Oct 8, 2008 at 6:18
Le chef n’est pas celui qui dit “En avant !”, mais celui qui dit “Suivez-moi !”
On cherche !
7 Viriato // Oct 8, 2008 at 9:23
Dirk, cela me rappelle La Rochejaquelein…
8 Guy jamet-andreani // Oct 8, 2008 at 10:06
L’autorité, c’est la souveraineté du sacré
9 Guy jamet-andreani // Oct 8, 2008 at 10:10
Excellent papier (façon de parler…) de Carer.
Comme toujours.
10 alice // Oct 10, 2008 at 7:25
Pascale
Si “les gens qui ont des vraies capacités” votent sarko ou ségo ou modem, on a des doutes sur leurs “vraies capacités”. Voilà des candidats qui étalent leur inculture en public et dont chaque phrase est un oxymore ou une leçon de morale mondialiste, insultante pour le peuple français. Je suppose qu’avoir “de l’argent, des réseaux” c’est pactiser avec ce type de candidats depuis longtemps, car en effet c’est bien plus facile de leur donner son argent et ses relations en prêt, et plus rémunérateur en intérêts à court terme (avant le krach).
Un programme s’adresse au plus grand nombre qui n’a pas fait l’X et n’a guère le temps de beaucoup réfléchir ni s’informer.
Ce plus grand nombre d’abrutis attend avec impatience que l’élite des X, des Centrale et des ENA fasse son travail d’élite et vote pour la nation.
En attendant,le prog économique du FN n’est pas si mal, conçu par des gens qui ont fait les écoles, eux aussi. S’il est un peu communiste, on ne lui en voudra pas, tant qu’il se dédie à la préférence nationale puis européenne, qui s’hérite ou se mérite (de façon restreinte, militaire essentiellement) qu’il ne fait pas de concession aux “religions” de conquête dissimulée.
Ce prog axé sur la liberté d’entreprendre et de penser est en train de redevenir à la mode, bien forcée par la situation.
11 pierrelermite // Oct 10, 2008 at 10:16
On cherche, Dirk, en effet. Le “Suivez-moi” dont tu parles, ça se ramènerait plutôt de nos jours à cette réplique de Galabru dans je ne sais plus quel “Gendarme” : “Allez-y mes enfants, je vous couvre”…
12 alizav // Nov 28, 2008 at 12:49
un chef ne doit pas s’occuper de la masse.
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